‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 55 sur 809 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

FRITZ, HENRIETTE, MADAIME CHARLOTTE, sortant du magasin.

MADAME cilAnuoTTE, à Fritz, qui la regarde d'un air de mauvaise humeur. Eh hien! monsieur Fritz, qa'avizvous donc? pour une veille do noce, vous avez l'air hien loueîciix.

FiiiTZ. C'est qu'd y a do quoi, madame Charlotte. »i.AD.<ME cuAiaoTTE, vivement. Est-ce que votre mariage serait contrarié?

PniTz. Le mariaao? non pas; mais c\st le miri i|r.i l'est beaucoup. Je disais à Henriette que je venais de recevoir un billot do garde pour ce soir.

MADAME cuAnLOTTE. Vraiment!

FBITI. Passez donc toute la nuit au corps-de-garde, comme c'est agré.ahli!! comme jo serai gentil demain pour mon marlag ■ !

MADAME CHARLOTTE. Il faut bien que les honneurs co'ileiit quelque chose; quand on esl, coinm; vous, caporal dans la Lansturin, dans la milice bourgeoise de Vienne...

FniTï. Los lunneurs, c'est lui et hon ; mais je ne sui-; pas solda'. Je su s haurgeois;je paye patente pour être tapissier, el non pas pour être brave ; et depuis cette invention (le g.irde urli liue, jo no sais pas si les Lr.in Is seigneurs dorment niteiix dans leur lit; mais nous autres ne sommes jaums srtrs ilc passer la nuit dans le n6tre ; et c'est ç i qui me fait tremliler pour [ilus tard, [Keyardant Hcnrict'e.) quand jo serai marié.

MADAMECiiARLOTTE. Qu'est-cC quejc disais tout à l'iieur ? déjà do la |alousio!

FRITZ. Oli! non; quand elle sera ma femme, quand elle scia chez moi, je n'en aurai plus; mais ici, dans ce magasin de nouveautés, qui est toujours fréquenté par de.< chamhellans, des ducs, des mirquis...

MADAME CHARLOTTE Quaud OU tient du bon...

FRITZ. Ça leur est bien égal, ils achètent toujours sans regarder; c'est-à-dire, si, ils regardent, mais c'est mademoiselle Henriette ciu'ils ne quittent pas des yeux, et qui n'a pas même l'air d'y faire attention. Aussi, (R'gardant madame Cliarlotte.) quoi qu'en puisse dire certaine pirsonne, je suis bien tranquille sur son compte ; c'est hounéleei désintéressé. [Regardant toujours madame Cliarlotte.) Ce n'est pas elle qui m'épouse pour' ma fortune, ce n'est pas elle qui a euMes vues sur moi deimis l'héritage de mon oncle Dominique.

MADAME CHARLOTTE, fièrement. Qu'est-ce que c'est?

FRITZ. Ce n'est pas à vous que je parle, c'est à elle. Oui, mademoiselle Henriette, je sais tout ce que vous valez ; je suis trop heureux que vous vouliez hien m'aimer, et j'ai eu vous autant de conliance que j'ai d'amour etdevénéralion.

HENRIETTE, lui tendant la main. Pauvre Fiilz!

MADAME CHARLOTTE. Quo jc ne VOUS dérange pas; je m'en vais. Mais j'oubliais, Mademoisnlle, de vous remettre une carte qu'on a apportée tantùt pour vous.

HENRIETTE. Une Carte pour moi?

MADAME CHARLOTTE. Oui, uu coloncl , uu beau jeune homme.

FRITZ, vivement. Un jeune homme.

MADAME CHARLOTTE. Dans UU superhe équipage attelé de quatre chevaux gris. Madame, m'a-t-il dit, Henriette Miller est-elle ici?

FRITZ. Comment! Henriette tout court? moi qui vous dis toujours mademoiselle!

MADAME CHARLOTTE. Monsiour, ai-je répondu, elle est ici en face, chez madame de Saldoif, la femme du chambellan. Soudain je l'ai vu pâlir et iluingor de couleur. Madame, a-t-il repris d'une voix trcs-émue, dites-lui que c'était un ami qui était venu pour la voir, et qui reviendra demain. Et il est p.irli en me laissant cette carte.

FRITZ, la prenant. Donnez {Lisant.) « Le comte Frédéric de Lowonslein. »

LA FIANCÉE

iiENniETTE, aveo joie. Frédéric!

FRITZ. « Colonel des carabiniers. » Vous r oniialssi'Z des carabliiiois, cl vous ne m'en parliez pas! Eli! mais, (|u'estco que cela veut dire? ot d'où vient lu troulilo où jn vous vois?

iirNnuTTi;. Moi!

MAnAMECiunLOTTE. Pardou, ma clicrc Hcnrietlo, d'avoir rommis une indiscrétion; si j'avais su... si j'avais pu mo douter ..

iiENniEiTii. Il n'y a point de mal. Madame ; depuis trois ans le comte de Lowenslein était prisonnier en Kussie ; on l'avait cru mort, et je vous remercie du plaisir que vous m'avez causé en m'annonçant son arrivée.

FRITZ. Qu'est-ce que cela signifie? l'arlez; jn veux savoir... ■

iiENiiîETTE. C'est ce que je voulais vous apprendre, Monsieur; mais il vous, à voqs seul,

M.\D.4ME CHARLOTTE. C'cst-à-ilire que je suis de trop. Ji.' m'en vais, mon voisin; mais quoique vous ayez bien in.il interprété jusqu'ici l'amitié que je vous porte, je ne vous donnerai i|u'uii dernier conseil : prenez garde il vous! {lùle rentre dans la boutique aijauche.)

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