JULES, BONNEMAIN
BONNEMAIN. Est-cc quo ce sera toujours comme ^a? Autant qu'on peut juger d'un livre par la première page, en voici un qui s'annonce d'une manière... J'aimerais mieux que ma femme n'eût pa^ de dot et fût orpheline! J'y gagnerais cent pour cent, j'aurais la famille de moins.
jiXES, qui a regardé autour de lui si personne ne venait, s'approche de Bonnemain, et lui dit, à voix basse : Monsieur, ça ne se passera pas ainsi.
BONNEMAIN. Hciu'î quc me vent encore celui-là?
JULES. Apprenez, Monsieur, que, parmi ses parents, ma cousine trouvera di-s défenseurs, et je vous demanderai pourciuoi vous vous permettez de la chagriner ainsi.
BONNEMAIN. Il faut peut-ctre que je la remercie de ce qu'elle ne m'airae pas.
jiLEs, avec joie. Comment! Monsieur, Userait possible! ce serait pour cela!
BONNEMAIN. Précisément.
JULES, cherchant à cacher sa joie. Eh mais ! il n'y a pas de quoi vous fâcher ni vous mettre en colère. Voyez-vous, mon cher cousin, il ne faut i)as vous décourager; cela viendra peut être, sans compter que les apparences sont trompeuses.
BONNEMAIN. Ail ! VOUS uppclcz ccla dcs apiiarenccs ! Un jeune homme qui l'aimait avant son mariage, et qui ici, devant moi, lui a remis un billet.
JULES. Que dites-vous?
BONMEMAiN. J'étais là, jc l'ai vn.
JULES, vivement. Il se pourrait ! et vous êtes resté aussi calme! aussi tranquille! A votre place, je l'aurais tué.
BONNEMAIN. A la bonne heure, au moins, en voilà un qui prend mes intérêts.
AiB de l'Artiste.
lî Mil -père, belle-mère, M'en veulent, je le croi ; Et 11 famille entière Se ligue contre moi.
Lorsque chacun me bllm:, Quel serait mon destin. Si par bonheur ma femma N'avait pas un cousin.
JULES. Non, je n'aurais jamais pensé que ma cousi:e fut capable d'une telle perfidie. Certainement, je croyais, comme vous me le disiez tout à l'Iieure, qu'elle ne vous aimait pas, qu'elle n'aimait personne ; mais supposer qu'elle a une autre inclination, t'est une horreur, c'est une indignité.
UONSEMAIN. N'est-ce pas? c'est le seul de la famille. Ail liis, allons, jeune homme, calmez-vous. (A part.) En voilà un du moins que je peux recevoir chez moi s:iii3 danger. [Lui prenant la main.) Mon cousin, mon cher cousin, vous êtes le seul qui m'ayez témoigné une amitié vérit:ible, et j'espère bien que vous me ferez le plaisir de venir souvent chez nous, et de regarder ma maison comme la vôtre. Vous me le promettez.
JULES. De tout mon cœur.