SCENE VIII
SALDORF, FRÉDÉRIC, qui entre pendant la rilournellb de Pair précédent.
SALDORF, l'apercevant. Eh! mais, je ne me tromiic point; monsieur le comte de LowenstcinI
LA FIANCEE.
FnÉDÉnic. Monsieur de SaMorf !
sALDORF. Je suis encliaiité de vous trouver, car j'ai de grands reproclies à vous faire. Comment! colonel, depuis voire résurrection, vous vous êtes présenté dans les preniières maisons de la capitale, et vous n'étos pas encore venu chez moi!
niEDERic. Je n'aurais pas osé, monsieur le baron, sans voire invitation.
SALDOBF. Justement, voilà ce que j'ai dit à madame de SaUlorf. Je l'ai grondée, parce qu'elle ne voulait pas vous écrire; mais elle vous écrira, et j'étais d'autant plus ficlié conire elle et contre vous... que ce matin j'ai aperçu votre voiture à deux pas d'ici, à la porte du magasin de nouveautés, où vous n'étiez point venu sans quelque dessein.
FREDERIC. Moi, Monsieur!
SALDORF. Vous étcs Comme moi, vous êtes un amateur! et il y a là des petites filles charmantes : c'est peut-être pour l'une d'elles que vous êtes ici eu héros espagnol ! liein? Mais qu'avez-vous donc, mon cher? d'où vient cet air triste et glacé'? est-ce un reste de la Sibérie? 11 me semble au contraire que lorsqu'on vient de Russie, lorsque pendant (rois ans on a élé mort ou à peu près, car nous avons bien cru que vous l'étiez, on doit avoir envie de s'égayer et de vivre pour rattraper le temps perdu. Ne venez-vous pas ce soir au bal du comte de Darmsiadt?
FREDERIC, vivement. Vous y allez avec madame de Saldorf?
SALDORF. Non, ma femme est un peu indisposée, et en bon mari, je l'ai engagée à rester chez elle, ce que j'aime autant, parce qu'il y a là de trés-jolies femmes, et elle est trés-jalouse la chère baronne.
FREDERIC. Jalouse !
SALDORF. Oui, et moi qui suis volontiers aimable avec tout le monde, je crains toujours qu'elle ne se doute de quelque chose. Elle est triste, mélancolique; quelquefois, quand je rentre, elle a les yeu.i rouges, elle a pleure; au point que je lui disais l'autre jour : chère amie, tu as une passion dans le cœur, une passion malheureuse : ce qui est vrai, elle m'aime trop, elle n'est pas raisonnable, m.xis voici l'heure, je me rends au bal. On vous verra ce soir?
FREDERIC. Non, monsieur le baron, je n'y vais point.
SALDORF. Je croyais que vous m'aviez dit...
FREDERIC. Au contraire, je suis attendu ce soir chez le ministre de la guerre, et j'ai laissé mes geus à deuK pas d'ici.
SALDORF. Vous avez bien fait, car l'accès de ce boulevard est défendu aux voitures. Désolé de ne point passer la soirée avec vous. Mais je vous préviens, monsieur le comte, que c'est là ma demeure, et nous nous brouillerons si vous ne venez point. Mais qui est-ce qui sort là de chez moi?