‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 587 sur 809 · MADAME LOCARD, M. DURAND, UN DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

MADAME LOCARD, M. DURAND, UN DOMESTIQUE

i.E DOMESTIQUE, aidionçcint. Monsieur Diiraïul!

MADAME LOCARD, allant au-devant de M. Durand, qui F!ili-f par le fond. Quoi ! Moi'.sieur, c'est vous qui noiij faites la prcmiéri' visilc? (Test trop d'Iioiiiieur, et c'était à nous, au contraire, à aller faire la demande.

DURAND. Ça se pcntljien; mais, voyez-vou";. Madame, moi, je suis sans façon, je ne tiens pas aux cérémonies et surtout je suis rond en affaires.

Air (lu Petit Courrier.

Je suis marchand, fort étranger Aux lois do la cén'monio; Que m'importe la liroderie?

C'est l'étuftc qu'il faut jniçor.

L'apjiareuce souvent déguisa Pins d'un défaut, et je sais bieo Qu'en l'ait d'Iionneur, de marchandise, L'iliipietle DO prouve rien, (D'il» ton brusque.)

Je vous dirai donc qu'il me co;)Ycnait d'abord do donner ma nièce à un notaire; mais j'ai été aux informations, et c'est là-dessus que je veux avoir avec vous une explication.

MADAME LOCARD. Eli! mou Dicii ! Irès-volontiers, ce que j'aime, avant lont, c'est la franrliise. C'est, selon moi, une preuve d'amitié ; et je vous remercie, Mo:> sieur, de nous traiter dé;à en amis.

DURAND, à part. Celte femmc-là a une manière d'eillamir la conversation qui fait(iu'on ii'o.-e plus être en colère... [Haut.) Eli bien! Madame, on prétend (|u';i Paris, maintenant, toutle monde se mêle de commerce et de spéculation ; que sans rien avoir, tout le momie achète ou revend des charges d'avoué, de not lire, d'agent de change ; le tout à crédit, ù prime, ou fin courant, comme un coupon de rente On prétend que, piiur .s'ac piitter, on court les dots, les mariages ; que plus une charge est chère, c'est-à-dire plus on a de dettes, et plus on a de prétentions; et qu'enfin, pour ces messieurs, une femme est toujours assez belle, (|nand elle est assez riche. Voilà, Madame, ce qu'on dit ; et je vous demande à vous-même ce que vous en pensez.

MADAME LOCARD. Cela pcul cil'evrai en général; mais, quant à nous. Monsieur, pour vous prouver que nous tenons moins à l'argent qu'aux convenances de famille et de caractère, {Lui préseiitanlla lettre qu'elle a lue à Alexandre.) voici une lettre dans lai|uclle on nousoffre mademoiselle de Beanmont, et cinquante mille francs de plus que n'en a votre nièce, l Durand prend la lettre et la lit.) Vous voyez. Monsieur, (|uc nous pouirions accepter; et cependant nous refusons.

DURAND. 11 se pourrait! un pareil procédé... Ah! Madame, je suis confus; il n'est pas besoin d'autres explications ; je vous donne ma parole, et je suis prêt à conclure, quand vous voudrez; le plus tôt vaudra le mieux; car lorsqu'on a une manufacture, et six cents ouvriers sur les bras, on n'a pas de temps à perdre. On vous a dit que je donnais à ma nièce deux cent mil!e francs de dot?

MADAME LOCARD. Comptant'?

DURAND. Oui, Madame, en signant le contrat.

MADAME LOCARD. C'cst liès-bicu, c'cst supcrbc, c'est

tout ce que nous demandons; et le reste après vous.

DURAND. Du tout, et c'est là-dessus que je veux vous prévenir. Il se peut que je laisse quel(|uc chose ; mais je ne m'engage à rien. Si d'ici là je rencontre de braves gens sur mon chemin, je veux être libre de leur faire du bien ; je donne, je ne promets pas.

MADAME LOCARD. Et VOUS avcz ralsou. Je ne puis pas souffrir qu'on attriste un contrat de mariage par des idées de succession, que l'on fasse entrer m ligne do compte toutes les infirmités d'une funiile, et toutes les probabilités de décès, (pie l'on paraisse désirer ce qu'on doit craindre; cela flétrit la pensée, cela révid te l'càme; un parent qui nous ai me est le pi us précieux des trésors.

DURAND, à part. Voilà une feniine aimable, et qui raisonne bien. [Haut.) Oui, Madame, vous avez raison ; la véritable richesse, c'est le travail, In bonne con;luitc et le bon caractère.

MADAME LOCARD. Sous co rapport, iiion fils cst des plus riches. Laborieux, docile, aim tnt,il sera aux petits soins pour sa femme, et si j'ai à lui reprocher quelque chose, c'est l'abus d'une qualité, l'excès de sa douceur. [On entend un grand bruit, et ta voix d'Alexandre qui s'écrie :) Je suis capable de tout.

DURAND. Qu'est-ce que j'entends?

MADAME LOCARD, einbarrasséc . Rien ; c'est vn de mes gens qui est très-emporté, que je serai obligée do congédier.

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