PLACIDE, MADAME LOCARD, DURAND
MADAME LOCARD. J'étais là dans une position trèsfausse et très-désagréable. {A Durand.) C'est cette dame dont je vous parlais ce matin. Forcée de reluser son alliance, je lui ai écrit la lettre la plus aimable, la plus polie, la suppliant de ne pas m'en vouloir, et pour rac le prouver, de venir aujourd'hui, sans façon et en amie, dîner avec nous ; elle n'a pas encore reçu ma lettre. Nous avons des domestiques et des clercs si négligents... de sorte que, tout à l'heure, il faudraUii dire de vive voix... Mais voyons, Messieurs, ce que vous avez à me demander.
DURAND. Voici madame de Beaumont hors de cause. C'est très-bien.
PLACIDE. Mais ça ne suffit pas.
MADAME LOCARD, d'un air étonné. Qu'est-ce que cela veut dire?
DURAND. Ne m'avez-vous pas proposé pour ma nièce la main de votre fds ?
MADAME LOCABD. C'cSt Vrai.
PLACIDE. Ne m'avez-vous pas donné votre parole pour ma (ille?
MADAME LOCARD. J'en convicns.
DURAND. Eh bien! Madame, comment arrangez-vous cela, s'il vous plaît?
MADAME LOCARD. Dc la manière la plus simple, et un mot va vous répondre. J'ai deux fils; l'un est notaire, et l'autre, agent de change.
DURAND ET PLACIDE. QuC dîtCS-VOUS?
MADAME LOCARD. 11 m'cst permis, je pense, de m'occupcr en même temps dc leur avenir et de leur établissement. {A Durand.) Vous savez quelles sont nos conventions? (A Placide.) quels sont nos arrangements? Tout est convenu avec chacun de vous; ainsi, je vous en prie, que ce soir il ne suit plus question d'iJTaires. (Montrant Durand.) Monsieur nous quitte à l'uislant même, et malheureusenicnt il ne peut dîner avec nous; mais demain, de grand matin, nous en
causerons. {A Placide.) Si Monsieur veut me faire le plaisir de passer chez moi à dix heures. (.1 Durand.) et .Monsieur à midi, nous terminerons tout.
DURAND ET PLACLDE. A la bounc licure.
MAi)\ME LOCARD. Aujourd'hui, ne peusons qu'à notre dîner et à notre soirée. J'espère que vous ne m'en voulez pas? Vous n'êtes plus ennemis?
PLACIDE. Comment donc? puisque nos enfants vont entrer dans la même famille.
DURAND. Puisque nous allons être alliés.
PLACIDE. Je vous demande votre amitié.
DURAND. Moi, la vôtre.
PLACIDE. De tout mon cœur. [Ils se donnant une poignée de main.)
DURAND. Adieu, Madame; je m'en vais faire avancer une voiture, et reprendre ma nièce au salon. [Durand sort par la porte à gauche, et Placide va s'asseoir auprès de la cheminée.)