‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 608 sur 809 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

DERViLLE, THIBAUT.

THiDAi'T, à Jeannette. C'est bon. c'est bon; je te rattraperai bien l.'i-has.Coiicoit-iiiirela"?elle vient à peine de dire oui, et v'ià qu'elle' ledit eni'ore ici à .Monsieur.

DERVILLE. Parbleu ! une fois qu'on y est...

TiUBAi'T. C'est uiiehorrour! et je n'entiMidspasqn'ici, au Villige, on doime dans les manières de la ville.

DERVILLE. Allons, ne vas-lu pas te fâcher pour un oui ou pour un non?

TiiiBArr. Pardine, Monsieur, faut-il ipie je vous remoreie?au iiiomeul où j'allais vous faire nue politesse; [Muntraut un panier et une écritoire qu'il tient à la main.) lorsque j'allais passer chez vous pour vous prier d ■ me faire riioimcur de signer au contrat.

DKRViLLE. Eh b'cn ! est-ce que cela nous eiiipèche d'être bons amis, parce que j'ai embrassé ta femme?.. Voyez le grand malheur!

TUIBACT.

.\iR : De sommeiller encor, ma chère.

Je n' me doutais pas que Jeanuclle Oublierait ce (pi'eH' m'a juré; Puisqu'elle est trompeuse et coquette.

D'elle el d' vous je me vengerai.

Oui, ilaus la coléi' qui m'entlamme, t^^a ne se pass'ra pas coinm' ça !

Vous avez embrassé ma femme.

Tout le village le saura,

Car je vais de ce pas l'apprendre à (oui le monde.

DERVILLE. Y penses-tu ! un gareoiigroset gras comme toi, se mettre en peine pour si peu de eliosel tu ne connais dîne pas les usages?

TimiAiT. Vous appelez ça un usage?

DEiiviLLE. Sans doute : on embrasse toujours une mariée.

TiiiiîAUT. C'est-à-dire que si vous étiez l'épouseux, vous souffririez que je venissions à votre barbe...

DERVILLE. Mais oui.

THiUAiT. Ehl j;> ne m'y fierais pas.

DERVILLE. Tu as torl. Ecoule: promets-moi de ne pas faire de peine à Jeannette; et si je me marie, tu rendras à ma femme le baiser (|ue j'ai pris à la tienne.

TiiiBAiT. Oui, croyez cela.

DEAViLLE. Je t'en donne ma parole.

Tinu.vLT. Laissez-moi donc : vous voulez me faire taire; mais si lors de voire mu'iage je m'avisiis d'aller me présenter chez vous, vous me feriez mettre à la (lorte, et vous auriez bien vite oublié votre promesse.

DERVILLE. Si tu uc ci'ois pai à uia parole, veu-v-tu mon billet?

TimiAUT. Votre billet?., caserait drôle!

DERVILLE. Tu u'as (ju'à parler. Doimomoi ce papier et celte écritoire... Dieu ! ((Uel bonheur !.... [Fouillant dans sa poche.) J'ai justemml là du papier timbre.

TiiiRAiiT, étonné. Vraiment?

DERVILLE, écrivant. J'en ai tou'ours sur moi... pour ces occasion -là. Si tu s ivais combien j'en ai déjà mis eu circulation! [Thibaut lui présente son chapeau sur Iquel il écrit.) « Bon pour un baiser à ma femme, payable à vue, à .M. Thibaut, ou à son ordre, valeur reçue complaut. » El je signe.

TiiiUAi'T. Comment diable!., on dirait une lettre de change. Je vois. Monsieur, qui: vous êtes un brave jeune homme, (|ue vous voulez faire honneur à vos alfaircs, el ça me réconcilie avec vous.

Am : Que j' sis content (de Bérat).

Ouc j' sis content? qiieu' bonne alTairo! J'ons un billet qu'est excellent!

C baiser pris à ma ménagère Va nie rapporter cent pour cent.

Hue j' sis content!

LE BAISRR AU PORTEUR

Ail! oli ! ijiio j" sis oonloiit!

A iiui'lini' ciatii' (Je liaut p.iiaiïo Il |M-Ut s' niarifi', i|U(.'l boiilLcurl Puur uu simpl' baiser d' villaae, J' toucliu un baiser de grand seigneur.

Quoi honneur ça m' fera dans le pays! je cours montrer ce billet à mes amis, à mes connaissances... àluut le nioiule cntin.

{Reprise de l'air.)

Que j' sis content! queu' bonne affaire! J'ons un billet qu'est excellent!

C baiser pris à ma ménagère Va me raiiportcr cent pour cent.

Que j' sis content!

Ab! ail! que j' sis contenti

{tt sort.)

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