SCÈNE m
DERViLLE, THIBAUT.
THiDAi'T, à Jeannette. C'est bon. c'est bon; je te rattraperai bien l.'i-has.Coiicoit-iiiirela"?elle vient à peine de dire oui, et v'ià qu'elle' ledit eni'ore ici à .Monsieur.
DERVILLE. Parbleu ! une fois qu'on y est...
TiUBAi'T. C'est uiiehorrour! et je n'entiMidspasqn'ici, au Villige, on doime dans les manières de la ville.
DERVILLE. Allons, ne vas-lu pas te fâcher pour un oui ou pour un non?
TiiiBArr. Pardine, Monsieur, faut-il ipie je vous remoreie?au iiiomeul où j'allais vous faire nue politesse; [Muntraut un panier et une écritoire qu'il tient à la main.) lorsque j'allais passer chez vous pour vous prier d ■ me faire riioimcur de signer au contrat.
DKRViLLE. Eh b'cn ! est-ce que cela nous eiiipèche d'être bons amis, parce que j'ai embrassé ta femme?.. Voyez le grand malheur!
TUIBACT.
.\iR : De sommeiller encor, ma chère.
Je n' me doutais pas que Jeanuclle Oublierait ce (pi'eH' m'a juré; Puisqu'elle est trompeuse et coquette.
D'elle el d' vous je me vengerai.
Oui, ilaus la coléi' qui m'entlamme, t^^a ne se pass'ra pas coinm' ça !
Vous avez embrassé ma femme.
Tout le village le saura,
Car je vais de ce pas l'apprendre à (oui le monde.
DERVILLE. Y penses-tu ! un gareoiigroset gras comme toi, se mettre en peine pour si peu de eliosel tu ne connais dîne pas les usages?
TimiAiT. Vous appelez ça un usage?
DEiiviLLE. Sans doute : on embrasse toujours une mariée.
TiiiiîAUT. C'est-à-dire que si vous étiez l'épouseux, vous souffririez que je venissions à votre barbe...
DERVILLE. Mais oui.
THiUAiT. Ehl j;> ne m'y fierais pas.
DERVILLE. Tu as torl. Ecoule: promets-moi de ne pas faire de peine à Jeannette; et si je me marie, tu rendras à ma femme le baiser (|ue j'ai pris à la tienne.
TiiiBAiT. Oui, croyez cela.
DEAViLLE. Je t'en donne ma parole.
Tinu.vLT. Laissez-moi donc : vous voulez me faire taire; mais si lors de voire mu'iage je m'avisiis d'aller me présenter chez vous, vous me feriez mettre à la (lorte, et vous auriez bien vite oublié votre promesse.
DERVILLE. Si tu uc ci'ois pai à uia parole, veu-v-tu mon billet?
TimiAUT. Votre billet?., caserait drôle!
DERVILLE. Tu u'as (ju'à parler. Doimomoi ce papier et celte écritoire... Dieu ! ((Uel bonheur !.... [Fouillant dans sa poche.) J'ai justemml là du papier timbre.
TiiiRAiiT, étonné. Vraiment?
DERVILLE, écrivant. J'en ai tou'ours sur moi... pour ces occasion -là. Si tu s ivais combien j'en ai déjà mis eu circulation! [Thibaut lui présente son chapeau sur Iquel il écrit.) « Bon pour un baiser à ma femme, payable à vue, à .M. Thibaut, ou à son ordre, valeur reçue complaut. » El je signe.
TiiiUAi'T. Comment diable!., on dirait une lettre de change. Je vois. Monsieur, qui: vous êtes un brave jeune homme, (|ue vous voulez faire honneur à vos alfaircs, el ça me réconcilie avec vous.
Am : Que j' sis content (de Bérat).
Ouc j' sis content? qiieu' bonne alTairo! J'ons un billet qu'est excellent!
C baiser pris à ma ménagère Va nie rapporter cent pour cent.
Hue j' sis content!
LE BAISRR AU PORTEUR
Ail! oli ! ijiio j" sis oonloiit!
A iiui'lini' ciatii' (Je liaut p.iiaiïo Il |M-Ut s' niarifi', i|U(.'l boiilLcurl Puur uu simpl' baiser d' villaae, J' toucliu un baiser de grand seigneur.
Quoi honneur ça m' fera dans le pays! je cours montrer ce billet à mes amis, à mes connaissances... àluut le nioiule cntin.
{Reprise de l'air.)
Que j' sis content! queu' bonne affaire! J'ons un billet qu'est excellent!
C baiser pris à ma ménagère Va me raiiportcr cent pour cent.
Que j' sis content!
Ab! ail! que j' sis contenti
{tt sort.)