JEN.NY, THIBAUT
JENNY. Ce pauvre Derville! je crois qu'il dit vrai, et qu'il m'aime réellement... Eh mais! n'est-ce pas Thibaut, le fermier de ma tante, et le nouveau marié?.. Quel air triste et rêveur!..
THIBAUT. Morgue ! il faut convenir que j'ons fait là une bellcfiffaire ; tout le monde se moque de moi dans le village, avec mon chien de billet; et de plus, v'Ià le bail qui va m'échapper... (Se frappant le front avec le poing.) Morbleu ! tous les malheurs à la fois !
JENNY. Eh! mais, Thibaut, qu'y a-t-il donc?
TRibAvr, étant son chapeau. A part. Dieu! la nièce de madame la baconne... (Haut.) Y a, Madame, sous votre respect, que le jour de mes noces commence avec un fameux guignon; je ne sais pas comment ça finira. D'abord, ils sont là cinq ou six fermiers des environs, qui s'avisent de surenchérir sur mon bail; et comme en outre M. l'intendant les protège, il est bien sûr qu'ils remporteront; et me voilà ruiné.
JENNY. Sois tranquille : tu es un honnête garçon que je connais depuis longtemps ; et si je dis en ta faveur un mot à ma tante, cette protection-là en vaudra peutêtre bien une autre.
THiRAiiT, avec joie. Vrai, Madame! vous auriez cette bonté-là... Dieu! que ça serait bien fait! et en conscience ça m'est du, ça sera un dédommagement à ce qui m arrive.
JENNY. Comment! encore un accident!
THIBAUT. Oui, Madame; et un accident bien désagréable pour un mari; j'ai été attrapé comme un sot, et pour comble de bonheur, j'ai été le dire à tout le monde.
JENNY. Conte-moi donc cela.
THIBAUT. Oh! volontiers; vous ne pouvez pas manquer de le savoir. J'ai épousé aujourd'hui la petite Jeannette, que vous connaissez sans doute.
JENNY. Oui, elle est fort jolie.
THIBAUT. Elle est surtout fortéveillée; je l'ai quittée un instant en sortant de l'église, et, à mon refour, je l'ai trouvée ici auprès d'un beau monsieur qui l'embrassait... Ah dame! moi qui ne plaisante pas là-dessus, vous sentez bien que j'ai fait du bruit; je voulais ameuter tout le village, mais le monsieur, pour in'apaiser, m'a promis que, s'il se mariait, je prendrais ma revanche avec sa future.
JENNY, rwnf. En vérité... (A part.) Ce pauvre Thibaut 1 j'ai peine à m'empêchcr de rire.,. (Haut.) Et tu t'es contenté de cette promci^se ?
THIBAUT. Ah bien oui! pas si bête! je voulais des
sûretés, l't il m'a fait un billi't d'un baiser payable à vue...
JENXY, riinit. Ah ! ali !
THiBAiT. TciU'z, vuilà quc vous riez aussi : tout le monde rit fiuaiid jo parle de ce billet.
JENNT. L'aventure est assez gaie.
THIBAUT. Je le croyais comme vous; mais, à présent, je ne dis pas cela. '
Air : Bonjour, mon ami Vincent.
Je vois r notaire et son clerc
Oui m' disent que j' suis un' bùtc.
Je passe cliez l' magister
Qu'est encor plus mallionnéte.
Pourtant, que j' lui dis, c' papier c'est sacré. Plus que lui, mon clier, vous ùtes timbré.
J'entouc' mou chapeau sur ma tète, Et ï'ià tout' la class' qui cri' sur mes pas ; « Ça vous va-t-il bien? ça n' vous blesse-t-il pas? »
Enfin des lardons de toute espèce; et je crains qu'on ne finisse par en faire une clianson.
jENKv. Je te plains, mon cher Thibaut; voilà une malheureuse afi'aire.
THiBACT. Très mallieureuse! car ce n'est pas le tout qu'on rie à mes dépens, je prévois qu'on me fera banqueroute; le monsieur au billet est trop mauvais sujet pour trouver à se marier, et je suis volé comme dans un bois. {DervUle entre. A part.) Ah 1 voici c'te mauvaise paie.