‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 613 sur 809 · DERVILLE, JENNY · texte numérisé non relu

DERVILLE, JENNY

DERVILLE. L'ai-je bien entendu ? Eh quoi! Madame, ce n'est plus votre tante, c'est vous seule qui vous opposez à notre mariage ! douteriez-vous encore de ma tendresse?

JEN.NV. J'aurais grand tort, en effet, après les preuves que vous m'en avez données, après le récit héroïque que nous venons d'entendre, et dont je vous prie de me répéter certains détails.

DERVILLE. Non, u'cu parlous plus, je vous en conjure; nous voilà seuls : votre tante n'est plus là... je ne sais comment vous faire un aveu qui va renverser ma réputation, mais je veux vous devoir à vousmême, à mon amour, et non pas à un mensonge.

JENKY. Que dites-vous?

DERVILLE. Qu'il faut quc j'aie été protégé parle hasard le plus heureux et le plus étonnant, car, dans tout ce qu'on vient de vous raconter, il n'y a pas un mot de vrai.

JENNY, à part, en riant. Allons, du moins il est honnête homme... (Haut, affectant la surprise.) Comment, Monsieur!..

DERVILLE. Oui, Madame; il faut que j'aie, de parle monde, quelque cousin qui porte mon nom, et qui soit bon sujet; il aura voulu relever l'honneur de la famille par un trait expiatoire; mais je ne veu\ pas lui ravir une gloire qui lui appartient, ni prendre sur moi une responsabilité aussi grande; car enfin, une réputation comme celle-là est trop difficile à soutenir.

JENNY. Quoi, Monsieur!..

DERVILLE. Pardonnez-moi ma franchise ; je ne me suis jamais tait à vos yeux meilleur que je n'étais... Eh bien 1 oui, je l'avoue; une femme jolie a toujours le don de me plaire : vous ne pouvez en douter, puisque je vous adore... Mais comment ai-je su que vous étiez la plus aimable des femmes? par la comparaison... Ce n'est pas, d'après le système de votre tante, une admiration aveugle et exclusive, c'est une tendresse motivée ; et franchement, n'est-il pas pour vous plus flatteur d'être aimée par quelqu'un qui s'y connaît?

jKNNV. C'est-à-dire que je dois vous savoir gré même de vos infidélités?

DERVILLE. Non, cc u'cst pHS tout à fait cela que je

prétends; mais, après l'aveu que je vous ai fait, vous devez ajouter foi à mes discours, c.ir il serait aussi tr(i|) injuste de ne croire qu'à ce qui m'accuse. Eh bien ! j'ai pu être étourdi, extravagant, jamais je ne fus infidèle; jamais, Jenny, je n'ai cessé de vous aimer; et je vous promets le même amour, la même franchise... je commence dès aujourd'hui; car, vous le voyez, je m'expose à vous perdre plutôt que de vous tromper.

JENNY, lui tendant la main. Derville, vous êtes un aimable homme ; et (piels que soient vos torts, si vous en avez, je n'ai plus de mémoire pour me les rappeler; mais promettez-moi que, dorénavant, pas la moindre étourderie , pas la moindre aventure... Ce que je crains le plus, c'est d'attirer sur moi les regards; c'est de me trouver mêlée dans les propos, dans les discours du monde, et voilà ce qui m'a tant choquée dans celte aventure de Louise, qui, du reste, n'était qu'une plaisanterie. Mais si pareille chose devait se renouveler...

DERVILLE. -le consens à perdre tous mes droits; je renonce à votre main si désormais je donne lieu au plus léger propos. Je cours retrouver votre tante et lui faire part de tout mon bonheur. (Il sort.)

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