FRANCINE, MARCEL
MARCEL, en dehors. C'est moi, Marcel !..
FRiNXiisE, avtc agitation, courant ouvrir la fenêtre. Marcel! lui!., mon seul ami... cpii vient à mon secours!..
MARCEL, ai'cc chaleur et jetant par terre un paquet qu'il tient à la main. Oui .. oui... je viens pour te sauver!..
DUO
FRANCINE, ame une viva expression,
Ahl mon ami! que je le rcnicrcio!
MARCEL, avec àme.
Quand je devrais donner ma vie.
Je saurai t'arrachera cet huriible sort!
FRANCINE
Sais-tu qu'il s'agit de la mort?
UARCEL.
Raison de plus... Allons! couragol
FRANQINE.
Je n'en ai plus!
MARCEL
Moi, guère davantage!
Mais voilâtes moyens de fuir!
[Montrant le paquet qu'il a jeté près de la croisée.) Je vous apporte une toilelle!
FRANCiNEj vivement.
Une toilette!
MARCEL
De grisctte...
Avec ces beaux atours, impossible de fuir!
FRANCINE
Puisse le ciel eu ce jour te bénir!
ENSEMBLE
MARCEL
Écoute, t) ma reine chérie.
Ce que me dicte mon elfroi...
Dépéchons-nous, je t'en supplie!
Si tu m'aimes, viens avec moi!
FRANCINE
Ah! combien je te remercie!
Je sens calmer tout mou ell'ioi...
Lui seul songeait ii sou amie !
Lui seul est lidéle à sa foi!
FRANCINE
Il faut donc, pour cacher ma fuite ..
MARCEL
Quitler d'abord ces beaux habits!..
FRANCINE, arec embarras.
Mais devant toi je ne le iiuis...
Je n'ose pas...
MARCEL, avec anxiété.
Dieux !.. elle hésite!
Quand il s'agit de sou trépas !
FRANCINE, vivement.
Non... non... mais no regardez pas!..
(Elle va prendre le paquet contre la croisée et s'élance vers ialcùve, dont elle ferme les rideaux.) Bien sur! vous no regardez p.as!..
(Elle disparait.) M.4RCEL, avec impatience.
Eh! non... je ne regarde pas!
[S'avançant au bord du théâtre.) Pour sauver ma gentille amie
Je voudrais donner mes jours!
Ou reine, ou grisctte jolie, A toi seule mes amours!
La couroane Qu'on le donne Est pour moi Bien moins que loi!
Pour sauver ma gentille amie
Je vouJr.iis donner mes jouis!
Ou reine, ou griscttc jolie, A toi seule mes amours!
{S'avançant près de l'alcôve.) Eli bien! enOn... celte toilette?..
FBANCiNE, derrière les rideaux.
Ah! Monsieur, ne regardez pas ..
Dans nu instant je srrai prêle!
MABC1.I., écoutant près de la parle.
.le croyais entendre leurs pas!
tR.\>ci!(E, sortant de l'alcôve habillée en (jrisette. Eh bien! me voici!..
MABCEL, étonné.
C'est bien elle...
Comme autrefois... ah! qu'elle est belle!..
FBANCINE, à Marcel qui l'admire.
Eh! Monsieur, ne regardez pas!
Et partons !
MARCEL
Partons!., oui, sans doute...
Par ce balcon...
[.Montrant lafenêtrepar laquelle il est venu.) . FBANCINE, avec crainte.
Par celte route?..
MARCEL
Il le tant bien!
FRANCINE
Je ne pourrai jamais !
trente pieds, pour le moins!
MARCEL
Oui, maiscet arbre, auprès...
{Montrant Varbre qui étend ses branches sur le balcon )
En se laissant glisser...
FBANCINE.
Vous... un marin peut-être!
Mais moi, mais une femme!..
MABCEL.
Ah! de cette fenêtre..
En ùtani les rideaux!..
FBANCINE, effrayée.
Oh! non pas!
J'aurais trop peur!..
MARCEL, écoutant.
Tais-toi! silence!
Sur l'escalier j'entends leurs (las!
[On entend sonner le couvre-feu., Le couvre-feu... plus d'espéranre!
FBANCINE, au comblc de la frayeur.
Ils nous apportent le trépas!..
MARCEL, avec expression.
Viiiis sur mon cœur, 6 mon amie!
Malgré leurs sinistres desseins, Mon bras saura sauver ta vie Et l'arracher au.x. assassins !
FRANCiNE, avec abandon.
De ton amour dépend ma vie!
Toi seul peux braver leurs desseins I
Préseive-moi de leur furie
Et sauve-moi des assassinsl {Marcel et Francine, dans le dernier trouble, cherchent à se sauver par la porte à droite, des soidn's puritains leur barrent le passai/e avec des gestes menaçants; ils vont pour se réfayier vers In croisée à yaiiche, quand paraissent également de ce roté des so'dats dans la même attitude. .4u même instant les portes du fond s'ouvrent tout à coup ; des flots de lumière éclairent le théâtre devenu sombre pendant la scène précédente, et l'on voit paraître d'Élvas entouré de puritains, chapeaux bas, et suivi de lady Pekiiihnink. des .leigneurs et dames nobles de Brighton, de Trumbell, du shérif et des va'ett.)