‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 680 sur 809 · SCENE Vil · texte numérisé non relu

SCENE Vil

MAX; DANIEL, reuena/i( deux bouteilles à lamain.

MAX. Diable m'emporte si je reconnais ma route! en leur faisant faire un détour j'ai peur de m'étre perdu dans nos montagnes. {Apercevant Daniel.) Ah ! dis-moi, mon garçon , sommes-nous loin d'Hérissau , où doit se réunir demain tout le régiment?

DANIEL, après lui avoir versé à boire. Vous n'avez pas besoin de vous presser ! en trois heures de marche vous y serez, et si vous voulez, vous et votre compagnie, vous arrêter à ma ferme qui est là-bas sur votre chemin, et y passer la nuit, rien ne vous manquera; venez chez moi, Daniel Birman.

MAX, vivement. Daniel Birman, du canton d'Appenzel'?

DANIEL Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant à ça!

MAX, lui donnant mie poignée de main. On m'a parlé de toi dans le pays, et je suis enchanté de te rencontrer et de faire ta connaissance.

DANIEL. Il ne tiendra qu'à vous, sergent ; car je voulais vous prier de m'enrôler.

MAX, étonné. Toi ! alors ce n'est plus ça.

DANIEL. Si vraiment, c'est justement ça; je pars demain matin avec vous , le sac sur le dos, si vous y consentez, parce ipi'il faut que ça finisse; je suis trop malheureux!

MAX. Quel malheur! voyons.

DANIEL. Le plus grand de tous, sergent. Je suis amoureux d'une fille qui ne veut pas de moi.

MAX. Et (pii donc?

LE CHALET

Djiniei.. Belllv Stenier.

MAS, à pari. Biltly!

DANIEL. La pins hclle fille du pays. Elle a un frère qui est dans le mililaire et que vous avez pout-iître connu?

MAX. C'est possible.

DANIEL. Le caporal Ma.\ Sterner, qui, peut-être, reviendra bienlôt?

MAX. Le caponil Max, je ne crois pas.

DANIEL. Ça revient au même, car, depuis qu'il a écrit à sa sœur de m'épouser, elle ne veut plus entendre parler de moi : elle ne veut plus me voir, elle me nnvoie ! et moi, qui ce matin lui avais donné toute ma furlnne par contrat de mariage, je vais être obligé de la lui laisser par testament; car je suis décidé à me faire tuer, et voilà pourquoi je m'adresse à vous.

MAX. Que diable ça veut-il dire! et qu'est-ce que c'est qu'une tète pareille? Viens ici, mon garçon ; Bettly n'aime donc pas son frère ?

DANIEL. Si vraiment!

MAS. ,\lors c'est donc toi qu'elle n'aime pas'?

DANIEL. Mais si; elle me le disait encore ce matin, elle me prélérailàtoutle monde; mais c'est le mariage qu'elle n'aime pas; elle veut toujours rester fille, c'est sou goût, son idée; elle prétend qu'elle peut se passer de tout le monde, qu'elle n'a besoin de personne !

MA\. tVest une folie; une femme à son Age a besoin d'un appui, d'un défenseur, elle meilleur de tous c'est un mari.

DANIEL. C'est ce que je lui dis toute la journée!

MAS. Et qu'est-ce qu'elle répond'?

DANIEL. Qu'elle ne voit pas la nécessité de se marier! Elle me le répélait encore tout à l'heure, ici, chez elle.

MAX, avec joie. Chez elle, je suis chez elle?

DANIEL. Elle a vendu, à la mort de son père, la maison ipi'il avait dans la plaine, et elle a acholé ce chalet.

^\\, préoccupé. C'est bien! Alors va-t'en!

DANIEL. Où ça'?

MAX. Chez toi! chercher tes papiers, tiin acte de naissance ; il faut ça pour s'engager. N'est-ce pas li ce que tu demandais'?..

DANIEL. Certainement! mais c'est que... C'est égal, ser gent, je ne vous en remercie pas moins, des bonnes idées cpie vous avez eues! Je vas revenir.

MAX. A la bonne heure! Laisse-moi.

DANIEL. Et demain, je pars avec vous, quoique vous m'ayez donné là un moment d'espoir qui m'a raugmenté le chagrin que j'avais déjà..

MAX, (<rusgiiemc»i(. Eh bien! t'en iras-tu, mille canons!

DANIEL. Oui, monsieur le sergent. {A part.) C'est-i rude et brutal, ces soldats? voil.'i pourtant comme je serai demain! (Rencontrant un regard de Majc.) Je m'en vas, je m'en vas; vous le voyez bien. (// sort.)

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