SCENE l.\ Les PRECEDENTS, BETTLY
[Elle entre au milieu du bruit, et voit tous les soldats qui parcourent sa chaumière. Les uns ont décroché une pnële, les autres des broches: d'autres prennent des œufs, du beurre, et furètent de tous côtés.)
HETTLY, e/fragée.
Ah! grand Dieu! qu'ai-je vu? Messieurs, que voulez-vous?
MAX
Nous voulons à diner. Ainsi, h lie aux yens doux, Il faut à nous aider que votre talent brille.
BETTLY.
Mais, Messieurs, de quel droit?
MAX, à un soldat.
Elle est vraiment gentille!
J'aime ces traits charmants iiar la crainte altérés BETTLY.
Que me demandez-vous?
MAX, d'un air galant.
Tout ce que \ous aurez.
BETTLY.
Mais je n'ai rien.
MAX
Pas possible, inhumaine.
PLUSIEURS SOLDAIS, entrant avec des volaiHes.
Voici pour les enfants de Mars :
C'est ma conquête,
d'aitres, tenant des lapins.
Et moi, voici la mienne.
MAX
,\ nous et lapins et canards!
BETTLY,
Toute ma hasse-cour! une pareille audace!..
MAX, à Bettly Et les clés de la cave.
BETTLY,
Ahl c'est aussi trop fort, Vous ne les aurez pas.
d'autres soldats, entrant avec un panier de vin. Par bonheur on s'en passe ; J'ai forcé le cellier!
BETTLY, courant de l'un à l'autre.
.\h ! c'est bien pis encore,
LE CHOEUR, sautant sur les bouteill
Du vin ! du rhum! du rack !
Partout faisons main basse.
Il faut que tout y passe.
Il faut avec audace Garnir le havresac, .\iusi que l'estomac.
Du vin! du rhum! du rack!
BETTLY.
Mon meilleur vin, celui que pour mon frère J'.ivais gardé.
MAX
Rassure-to', ma chère, (Buvant.) C'est tout comme s'il le buvait.
LR CHALRT.
PLl'SIBURS SOl.IlATS, dc whllC.
A la santé Je notre aimable hôtesse; Et pour lèfer sa i>olitesse.
Vu seul baiser...
MAX, les repoussant.
Non, s'il vous plaît, Je ne permets pas ça.
LES SOLDATS, entre eux.
Je conii)rends, le sergeut Veut ia garder pour lui.
MAX
Probablement.
BETTi.Y, elJrayée.
Ociel!
{Voyant des soldats qui se mettent à différentes tables, à fumer; pendant que d'autres préparent toujours le diner.)
Et qu'est-ce que jevoi!
Les voilà Jonc maîtres chez moi • {.i Max.) Aux magistrats je vais porter ma pkiiiite. [Des soldats prennent un bano pour jouer, dont ils barrent la porte.)
MAX
Dès demain nous serons loin d'eux.
Mais calmez-vous, soyez sans crainte :
Pendant quinze jours... c'est heureux, Vous aurez des solJats ainKj)les et joyeux, Car tout le régiment doit passer en ces lieux. BETTLV, .«<; laissant tomber sur la ekaiss à tjauche.
Ah ! c'est horrible, c'est alFreux !
Que vais-je devenir, hélas! au milieu d'eux?
PREMIER COUPLET
D.ans le service Je l'Anlrichei • Le militaire n'est jjas riche.
Chacun sait ça ; Mais si sa jiaie est trop légère On s'en console : i''est la guerre Qui le paiera! Ainsi, morbleu! que Je tout l'on s'empare. Jeune beauté, vieux lUicons et cigare... Vivent le vin, l'amour et le tabac.
Voilà le refrain du bivouac !
DEUXIÈME COUPLET
[S'approchant de Betthj.j
Dans les beaux yeux d'une inhumaine.
De sa Jéfaite on lit sans peine Le pronostic.
Nulles rigueurs ne nous retiennent!
De droit les belles appartiennent Au kaizerlic !
Se divertir fol toujours mon principe : Tout est fumée, et la gloire et la |iipe. Vivent le vin, l'amour et le tabac.
Voilà le refrain du bivouac!
BETTLY.
Malgré moi je frissonne Et de crainte et J'hurreur.
Hélas! tout m'aliandoimc, Et je me meurs Je peur.
MAX
De crainte elle frissnime; J'en ris au fond du ctinir.
Que l'amitié parduinie Cet instant de frayeur.
LE GHCTEUU.
Notre sergeut ronloniie.
Buvons avec ardeur.
Oui, la consigne est bonne,
J'obéis dc grand cœur.
(.1 la fin de cet ensemble, un des soldats se présente à la porte à gauche, sans habit, aocc un tablier de cuisine.)