‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 683 sur 809 · LE SOLD.U · texte numérisé non relu

LE SOLD.U

Le diner vous attend.

MAX

0 nouvelle agrCablc!

Allons, courons nous mettre à table.

Et jusqu'à douiaUi, sans façons, Mes amis, nous y resterons.

EKSEMBLEi

BI-TTLV.

Malgré moi je frissonne El de crainte et d'horreur.

Hélas! tout m'abandonne.

Et jo me meurs dc peur.

MAX

Dc crainte elle frissonne; J'en ris au fond du cœur.

One l'amitié pardonne Cet instaut de IVaycur.

LE CHŒUR

Notre sergent l'ordonne.

Buvons avec ardeur.

Oin, la consigne est bonne.

J'obéis de grand cœur.

{Max et les soldats entrent par la porte à gauche )

BETTLY, seule. Comment! ils vont loger chez moi jusqu'à demain! tonte la soirée! [Avec effroi.) et la nuit aussi! et pendant cpiinze jours, tout le régiment. Qoelle perspeclivel et lo moyen Je les renvoyer ou Je les rendre honnêtes et polis'? il vaut mieux m'en aller. Mais où me réfugier'? Mon plus proche voisin est Daniel, et je ne peux pas aller lui demander asile, surtout pendant quinze jours, lui qui n'est ni nnm frère, ni mon cousin, et qui n'a pas Je femme! Et iiuis, si je quitte mon chalet, ils y mi.ttroiit le feu! je lo retrouverai en cendres; ils sont capables Je tout!..

SCEiNË XI.

BETTLY; DANIEL, avec un paquet au bout d'un long sabre, et entr'ouvrant la porte au fond.

BETTLY. Qui vient là? encore quelque ennemi? Ah ! c'est Daniel !

DAMEL. Ne vous fâchez pas, Mam'selle, si c'est moi,..

BETTLY, d'un ton caressant. Je ne me fAcho pas, monsieur Daniel.

DANIEL. Ce n'est pas pour vous que je Tiens! c'est-à-Jire ce n'est pas pour vous contrarier; mais pour retrouver un militaire qui m'a donné rendez-vous ici, un sergent, un bien brave homme!

BETTLY. Un brave homme!

DANIEL. Oui, Mam'selle, lui et ses camarades ! .iiissi, dés demain, je serai comme eux; je serai des leurs!

BETTLY. Y pcnses-tu?

DANIEL. C'est un parti pris; je lui ai Jonné ma parole; je me fais soldat. Vou.s voyez que j'ai déjà le principal, j'ai uusalire! un fameux sabre, qui depuis cent ans était accroché à notre cheminée, et qui ,i servi autreloisà la bataille dc 8em|iaili ! Mais il me mancpuiit des papiers ; je les ai là, dins mon paquet, et je les apporte .lu sergent.

BETTLY. Il est à tal)le avec ses compagnons, qui ont mis ici tout sens dessus dessous.

DANIEL Ces pauvres gens! je leur avais demandé que ce fût chez moi. Us vous ont donné la préférence ; j'en aurais bien tait autant!

BtTTLY. Eh bien! par exemple!

DANIEL. Uamc ! je ne vois que le plaisir J'élre auprès Je vous. Et à projios Je ça, et puis{pril faut que je m'en aille, [Dénouant le paquet qu'il a mis sur la table.) j'ai un papier à vous renicltre. (Tirant plusieurs papiers.) Non, ce n'est pas ça, c'est mon acte de naissance, et maudit soit le jour où il a été paraphé ! Et ça? [Le regardant.)

LE GUALET.

ah ! re mnllioiircux rùntrat dr inaiiai^o, iini l'Aiii loiil \<vil et que vous u'avez pas voulu signer! {Le rcmellcmt dans le paquet.) il a mainleiiant le temps il'atten'lre ! [Prenant un autre papier qu'il lui présente.) V"oll;\!

BETii-Y. Qu'i.'st-cc que c'est que ça?

DANIEL. Mon (estanient, que je YOUS prie de ganlor.

BETTLv. Quelle iJée!

DANIEL. C'est un service que je vous prie de me rendre, et qui ne vous oblige à rien de mon vivant! vous l'ouvrirez seulement quand je serai mort, et je tàelierai que ça ne soit lias long!

BETTLV. Monsieur Daniel!

DANIEL. Ça commence déjà; car je n'en peux plus, je tombe de fatigue et de sommeil ; trois nuits sans dormir! des courses dans la montagne! et puis bier et ce malin, tout le mal que je me suis donné pour c'te prétendue noce! {Geste de Bettltj.) Je n'en parlerai plus, et je m'en vais ; car en restant ici, je vous contrarie.

BETTLV. Mais du tout. {A part.) Il va me laisser seule dans la maison avec tous ces gens-li!

DUO

Prêt à quitter ceux que l'on aime, Doit-on partir si brusquement?

Et vous pouvez bien ici même Vous reposer un seul instant.

DANIEL

Dieu! qu'entends-je ? 6 surprise exlri!mc! Tantôt vous m'avez dit d' partir, Et maintenant, quoi! c'est vous-mènie.

Vous qui daignez me retenir I

BETTLV.

D'un ami l'on peut bien, je pense, Recevoir les dernicis adieux.

DANIEL

Non, je sens que voire pri'scoce Me rend encor plus inallieureux.

Et puisque votre ordre cruel M'a banni, je m'en vas...

{Il a repris son paquet et son sabre et va pour sortir.)

BETTLV.

D.micll

ÈSSESUJLE.

BEÎÏLÏ.

Encore, encore Un seul instant.

De vous j'imploro Cj seul moment.

{A part.) D'effroi saisie, Je tremble, hélas!

(-1 Daniel, d'un air suppliant.) Je vous en prie, Ne partez pas.

DANIEL, avec joie.

Encore, encore Un seul instant; Elle m'implore, Moi, son amant.

Douce magie.

Où suis-je, hélas !

Sa voix chérie Relient mes pas...

BETTLV.

Vous restez donc auprès de moi?

DANIEL

Ah! j'y consens!.. Mais vous ne voudrez pas...

EETTLY.

Pourquoi?

DANIEL

Vous no voudrez pas le permettre,

Car voici le jour qui s'enfuit,

Et si je reste ici la nuit, C'est bien [ds que le jour, et vous me l'avez dit.

Ce serait là vous compromettre!

BETTLV, avec embarras et buissuiit les yeux. C'est vrai.

Vous voyez bien, ainsi tout e>l fini.

BETTLV, à part, acec effroi.

Ah! mon Dieu! rester seule ici!

(.4 Daniel, avec embarrai.) Adieu, donc.

DANIEL, près de la porte.

Adieu !

BETTLY, le retenant au moment où il va sortir. Mon ami!

ENSEMBLE

BETTLY.

Encore, encore Un seul instant.

De vous j'implore Ce seul moment.

D'etfroi saisie.

Je tremble, hélas!

Je vous en prie.

Ne [lartcz pas.

DANIEL, revenant viven.ent.

Encore, encore Un seul instant; Elle m'implore, Moi, son amant.

Douce magie.

Où suis-je, hélas!

Sa voix chérie Relient mes pas.

BETTLY, arec un sourire timide.

Eh maisl.. vouspourriez bien, sansqu'oiipui.sse en médiic. Rester dans la chambre à coté Ju.squ'à demain...

DANIEL

0 ciel! c'est bien la vérité.

Vous le voulez...

BStTLY.

Sans doute.

DANIKL, avec joie.

A peine je respire.

jeTtly.

Je vous appellerai si j'ai besoin de vous. DANIEL, at'ec joie.

Vraiment!

{Montrant la porte à droite.) C'est là... près d'elle, ab! que mon sortest dou\! {// prend son sabre, son paquet, et entre dans la chambre à droite, toujours tn retjardant Bettly ) BETTLY, demeurant seu'e un instant.

Sa présence a calmé la frayeur qui me glace. {Bruit et eris confus à yauche.) BETTLY, effrayée, s'élance vers la porte à droite en appelant.) Daniel! Daniel !

DAK\tL, sortant vivement de la chambre à droite. Qu'est-ce donc?

BETTLY.

Ah! de grice.

Restez ici, je l'aime mieux.

DANIEL, avec ravissement.

Est-il possible?

BETTLV.

Eh! oui, je l'aime mieux!

Là-bas sur ce fauteuil... moi je rentre en ces li.ux.

DANIEL

Bonsoir.

Bonsoir.

Vous restez là?

BETTLY.

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