SCENE V
AEDOBRANDI, LUCREZIA.
DUO
lUCREZiA, sapproehaiit doucement d'Aldobrandi. D'où vient ce front sombre et sévère?
Pourquoi vos traits sont-ils troublés'?
Vous qui savez si bien me plaire...
Aussitôt (pie vous le voulez!
ALDOBBANDi, avec humeuT.
Je veux toujours !
LicBEZiA, d'un air caressant.
Alors, de grâce.
Daignez le prouver à mes yeux !
ALDOBBAKOI.
Eh! (pie faut-il donc que je fasse?
LUCREZIA, de même.
Ah! bien pey de chose!
ALDOBRANDI.
Tant mieux!
LucBEïiA, de même.
Eh bien!., à ojes désirs sensible, Daignez recevoir aujourd'hui Chez vous lu comte Léoni !
ALDOBIU.ND).
Le comte Leoni!
Eh! ne voyez-vogs pas ici Que pour lui vos instances même Sont une [neuve ([u'il vous aime !..
LUCBEÏU.
Moi!
Vous.
ALQOBHAKDI.
LLCREZPA.
Moi!
Al.puBRANDI
Vous.
LUCREZIA
0 tyrannie!
0 triste sort!
Sa jalousie
M'outrage encor!
Conduite affreuse,
Et qui nu renil
Trop malh(>ur(ius8
Près d'un tyran !
Oui, oui, vous êtes un tyran; Oui, craignez mon ressentiment!
ALDOBBANDI.
0 triste vie !
Funeste sort!
Qui se niarie A bien grand tort!
Quaiid l'our ma tête Jo suis tremblan', Elle me traite Cpmme un lyr.in !
Non, non, dussérje être un tyran.
Je re'use un conseutement!
ALtifiBRANDi l'approche de Lucrezia, gui rient de s'asteair à droite du théâtre en lui tournant le dos II vfut prendre sa main, qu'elle retire.
Eli quoijl voljo mail! me repou.sse!
Pounjuôi vas (rails sont-ils troublés'?
Vous êtes si |jpnne et si douce, Aussilùt (jue vous le voulez!
IICREZI.*.
%\\ bleu! pulsiiu'enlln, moins terrible.
Tout ce grand courroux est tombé, Que Sléphano, inop sigisbé, Reste avec nous!
AIPOBKANDI.
Stéphane),, lui !..
Et iiis voycz-voipi pas ici Qu'au fond du cœur, ce jeune page Vous adore malgré son âge!
LUCREZIA
Moi!
ALDOBRANDI.
Vous.
LL'CREZIA.
Moi !
ALDOBRANDI.
Vous. •
LUCREZIA
0 tyrannie!
0 tr.ste sort!
Sa jalousie
M'outi'age encor!
Conduite affreuse,
Et qui me rend
Trop rnalbeureuso
Près d'un tyran i Oui, oui, vous êtes un tyran.
Oui, craignez mon ressentiment!
ALD0BR.4NDI.
0 triste vie !
Funeste sort I Qui se marie A bien grand tort!
Quand pour ma t«te Je suis tremblant.
Elle me traite Comme un tyran!
Non, non, dussé-jeêtre un tyran!
Non, non, point de consentement!
LUCREZIA, se laissant tomber dans un fauteuil. Je ne puis supporter un coup aussi fatal! Et j'en mourrai!
ACTÉON
ALDOBBAM)!, effrayé.
Ma femme! elle S3 douve mal.
0 sii|iplice, é tourments de l'amour conjuijal!
ALDOBRANDI.
Ma femme! ma femme!
JSe va pas mourir!
Renais, ma chère àme, Fais-moi ce plaisir!
{S'approchant d'elle.) Je t'aimo ! je t'aime !
Je t'aime toujours!
Reviens h loi-mi!me, Reviens, mes amours!
{A part, et s'iiloignant d'elle.) Au diable les femmes!
Euler de nos jours.
Tourment de nos âmes, Qu'où aime toujours !
Lvcat.UA, à part, et soulevaitt la tète de temps en temps. Il faut que l'adresse Vienne à mon secours!
Oui, ruse et finesse Triomphent toujours!
Je vois, pAle et hiéme.
Trembler mon époux!
Il faut de lui-même Qu'il tombe à genoux!
{Haut.) Hélaji! la force m'abandonne j Vous avez méprisé mes pleurs!
Adieu!., je vous pardonne!..
Et je me meurs!
ENSEMBLE
ALDOBRANDI.
Ma femme! ma femme!
Ne va pas mourir!
Reviens, ma chère imç.
Fais-moi ce plaisir !
Eic, elc.
LUCREZIA
Il faut ({ue l'adresse Vienne à mon secours!
Oui, ruse et finesse Triomphent toujours!
Etc., etc.
{A la fin du duo, on entend au bas de la terrasse du fond le son d'une guitare. Lucrezia. qui était restée jusque-là immobile dans son fauteuil, se lève brusquement, et court à la terrasse.) LL'CREZiA. Une guitare!., qu'est-ce que c'est? ALDOBRANDI, qui, pendant ce temps, a cherché un flacon dans un meuble qui est à gauche. Alloiis! allons! puisqu'il le faut, je me rends... je ferai tout ce que tu voudras... mais reviens à toi... {S'approchant du fauteuil qu'il trouve vide.) Eh bien!., où est-elle donc'? {L'apercevant au fond du théâtre auprès do Stéphano, qui vient d'entrer.) .\vec Stéphano!.. encore lui!