SCENE VI
ALDOBRANDI, STÉPHANO, LUCREZIA.
STEPHANO. .\h' Madame !.. ah! Monseigneur!..
ALDOBRANDI. Qu'y a-t-il donc?
STEPHANO. .\u bas dc cette terrasse, un pauvre villageois... il est aveughî, et chante des airs charmants...
ALDOBRANDI. Qu'est-cc quc ça me fait?
LUCREZIA. Cela lait que c'est amusant... et qu'ici, quand on s'amuse... c'est autant dc gagné., autant de pris sur
l'ennemi... je veuï qu'il vienne... je veux que nous l'eutendions.
ALDOBRANDI. Mais, Madame!..
LiT.REziA. N'avi z-vous pas peur de celui-là ? un aveugle.
ALDOBRANDI, Qiii?.. moi... DOD, CCI lainemonl. (.1 Sléphano.) Dis (|u'on le reçoive.
LicntziA. El préviens ces dames. {Stéphano sort )
ALDOBRANDI, à part. Au fiiil, celui-là peut entrer... il n'y voit pas. (.1 Lucrezia) Vous ne inc reprocher, z plus de ne pas obéir aveuglément il vos volontés... (|uoi(pie tout à l'heure... cet évanouissement...
LL'CREZIA. Eh bien?
ALDOBRANDI. Se soit bien vile dissipé...
Li'CBEZiA N'allez-vous pas m'en faire un crime?
ALDOBRANDI. Non, Madame... mais moi qui vous croyais à toute extrémité...
LUCREZIA. Oh! Monsieur!., on sciasse de tout... même de se trouver mal : ainsi prenez-y garde!
SCENK VII.
ALDOBRANDI , LUCREZIA , LEONI , amené par des femmes. Il est en paysan, et tient une guitare.
LÉONI
CAVATINE
Jeunes beautés, ch irmaules demoiselles.
Vous qui devee avoir de si doux yeux, Soyez, hélas ! aussi bonnes que belles. Prenez pitié d'un pauvre malheureux !
Le sort qui vient l'atteimlre
Le laisse sans espoir.
Jugez s'il esta plaindre,
Il ne peut plus vous voir.
Jeunes beautés, charmantes demoiselles.
Vous qui devez avoir de si doux yeux.
Soyez, hélas ! aussi bonnes que belles. Prenez pitié d'un pauvre malheureux!
Ll'CREZIA ET SES FEMMI-S.
Que je le plains! que sa peine est cruelle! Prenons pitié d'un pauvre malheureux!
LEONI, s'adressant à .Hdobrandi.
Jeune beauté, charmante demoiselle.
Prenez pitié d'un pauvre malheureux!
ALDOBRANDI.
Pour celui-là, je vois bien que ses yeux Sont à jamais privés de la clarté des cieux!
Ll'CREZIA, lai donnant une bourse. Tenez... tenez... c'est en mon nom... et au nom de toutes ces dames... car il n'y a ici que des dames...
LEONI, pesant la bourse. Je m'en aperçois bien! grand merci de vos bontés!
LUCREZIA. Vous devez être bien malheureux!
LÉONI. Pas toujours... pas dans ce moment.
ALDOBRANDI. Quel est ton pays ?
LEONI. Florence.
LUCREZIA. Et de quoi vivez-vous?
LÉONI. De mes chansons... que je vais vendre dans les campagnes.
ALDOBRANDI. C'est Un Orpliée en plein air...
LEONt, à Aldobrandi . Oui, ma bonne vieille !.. et si vous voulez des barcarolcs, des tarentelles... prenez!. . prenez!., je ne les vends pas cher.
LUCREZIA. Sont-elles jolies?
LÉONI. 11 ne tient qu'à vous de les essayer.
LUCREZIA. Voyons celle-ci...
ALDOBRANDI. J'éCOute!
LUCREZIA. Ce sera un concert à votre bénéfice. CANZONETTA.
Nina jolie et sage, El même uu peu sauvage.
ACTÉON
Gardait pour elle, hélas !
Son cœur et ses appas!
Un jour, sous un ormoau.
Près d'un clair ruisseau.
Se croyant seulette, Ninelte S'admirait, Et se trouvait Gentille t bien faite.
Quand soudain, eu cachette...
Ah !.. tremblez pour la pauvrette!
S'avance un beau seigneur, Aimable et plein d'ardeur!
Qu'elle eut graud'pcur, la jeune enfiint! Elle veut fuir... mais lui, la retenant... Avec cet air qu'ils prennent tous.
Lui dit d'un ton si doux... si doux... « Souvent un amant
« Ment, « En offrant sa foi...
« Moi, « Fidèle en amours, « Je serai toujours!
« A toi j'appartiens, n Tiens!
« Viens régner sur moi... viens! »
Et Nina... Nina soupira!
Son c<eur lui disait : oui! sa raison Disait : non!
Mais l'amour parla
{Montrant son cœur.) Là!
Et Nina céda...
Ah ! ! !
aldobrandi. C'est fort bien!., c'est très-joli. (Contre' faisant Liicren'a.) Des oh! oh!., et des ah! ah! mais si tu n'as pas pour vivre d'autre fortune que tes chansons...
LÉONi. Ah! j'ai encore une autre ressource!
ALDOBBANDi. Et laquelle?
LEONi. Ma figure!..
ALDiiBBANDi. Ta (Igure!..
LEuNi, à Aldobroiidi. Oui, Madame!
ALDOBRANDI., Et comment cela'?
LEONi. Je la prête parfois à(lesartistes...à des peinties... Deruièremcnt, àRoiue,j'ai posé pour une tètedeBélisaire...
ILCREZIA, viiiment. En vérité...
l.ÉONi. Oui, Madame.
LUCREZIA. Ah! la bonne idée!., il me servira de modèle pour Actéon.
ALDOBRANDI. Y peuscz-vous?
LiiCREziA. C'est le seul moyen de liiiir mon lableaii, et ce sera charmant... toutes ces dames groupées devant moi... en nymphes de Diane, costume de rigueur.
ALDOBRANDI. Mais, Madame. . .
LiiCREZiA. Aucun danger... un aveugle... et nous piuiroiis devant lui, et sans crainte, rester fidèles à la vérilé... ce qui est un grand avantage pour un peintre.
LEONi, virement. Sans contredit!
LLXHE21A. Vous, Mesdames, allez vous préparer.
QUATUOR
LEONI, à part.
Le destin comble mes vœux; Et, grâce à mon stratagème.
Je vais revoir ce que j'aime !
Les aveugles sont heuieux!
ALDOBRANDI.
Il faut céder à ses vœux.
Il faut, changeant de système.
Fermer les yeux quand on aime :
Les aveugles sont heureux !
LUCREZIA ET LE CHOEliR.
Enfin, et c'est bien heureux.
Malgré sa rigueur extrême.
Mon } "-'POUX, aujourd'hui même.
Son Mon
Daigne céder à j
ses mes