SCENE XllI
ANfiÈLE, HORACE.
HORACE, à demi-voix. Fuyez, Madame, fuyez... tout est découvert...
ANGÉLE, effrayée. 0 ciel!
HORACE. Partons à l'instant, ou vous êtes perdue. ANGÈLE, de même. Qui vous l'a dit?
HORACE Mais d'abord le trouble où je vous vois... et puis le comie Juliano que vous counaissez. ANGÈLE , naïvement. Nullement.
HORACE, à pari. QwMc fausseté? {Haut et cherchant à se modérer.) Le comte Juliano m'a appris que votre mari savait tout...
ANGÈLE. Mon mari !..
nonACE,au«c une colère conccnfrc'e. Oui... lord Elfort... qui dans ce momt-nt rcloiuiic à votre hôtel.
ANGÈLE. Lord Elfort.... mon mari... Ah! c'est original... et surtout trcs-amusant.
HORACE. Vous riez .. vous osez rire!
ANGÈLE. Oui, vraiment, et ce n'est pas sans raison... car, je vous jure. Monsieur, je vous atteste... que je ne suis pas mariée!..
HORACE. Est-il possible?
ANGÈLE. Et que je ne l'ai jamais été. HORACE. Ah!., ce serait trop de bonheur!., et je ne puis y croire! vous m'avez vu si malheureux. . que vous avez eu pitié do moi, et vous voulez m'abuser encore.
ANGÈLE. Non, Monsieur... et la preuve... c'est que malgré les dangers doiit vous me supposez menacée... je reste! HORACE. Dites-vous vrai?
ANGÈLE. Je rcsie encore... [Regardant l'horloge.) et pendant trois quarts d'heure je vous permets d'être mon cavalier...
HORACE. Trois quarts d'heure...
ANGÈLE. Pas une minute de plus.
HORACE. Et ce temps que vous me donnez... j'en suis le maître ?
ANGÈLE. Mais oui !.. puisqu'il est à vous !.. Et d'abord je vous rappellerai, puisque vous l'oubliez... que vous me devez une contredanse.
HORACE, vivement. On ne danse pas dans ce moment... et puisque vous me laissez l'emploi des instants... du moins vous me l'avez dit...
ANGÉLE. Je n'ai que ma parole.
HORACE J'aime mieuwous demander... mais jen'osepas. ANGÉLE, Suis-je donc si effrayante !
HORACE. Dites-moi... qui vous êtes?
ANGÉLE. Tout .. Excepté cria!
HORACE, Eh bien ! senora... puisque vous n'êtes pas mariée... puisque vous ne l'avez jamais été... vous me l'avez juré... il est une preuve... qui ne me laisserait aucun doute...
ANGÈLE. Et laquelle ?
HORACE. Ce serait d'accepter ma main.
ANGÉLE. Écoulez, Horace, ne vous lArhcz pas., vrii... je le voudrais, que je ne le pou:rais [kii... HORACE. Et comment cela ?..
HORACE
Parlez, quel destin est le nôtre?
Qui nous sépare ? est-ce le rang Ou la naissance ..
ANGÉLE.
Eh! non vraiment, Ma naissance égale la vôtre.
HORACE
Alors, c'est la fortune!., hélas!..
Je le vois, vous n'en avez pas.
Tant niii.ux! l'amour tient lieu de tout.
ANGÉLE.
Eh! non. Monsieur! je suis riche et boiucoupl
HORACE
Quoi! la naissance?..
ANGÉLE,
Eh ! vraiment, oui.
HORACE
Et la richesse?..
ANGÉLE.
Eh! vraiment, oui.
ENSEMBLE
HORACE
Chez elle tout est réuni!
Alors, quel obstacle peut naîlrc!
Prenez pitié de ma douleur. Faut-il donc mourir sans connniiro Ce secret qui fait mon malheur?
ANGÉLE.
Quel trouble en mon coeur vient de n,iil el Ah ! j'ai pitié de sa douleur.
Mais, hélasl il ne pL-ut connailrj Le secret qui fait mon malheur.
HORACE
De VOUS, hélas! que puis-je attendre?
ANGÈLE
Mon amitié qui de loin vous suivra.
HORACE
Et d'un ami, de l'ami le iilus tendre ; Rien désormais ne vous rapprochera?
ANGÉLE, soupirant.
Eh ! mon Dieu, non.
HORACE
Ah ! je vous en supplie, Qu'une fois encor dans ma vie Je puisse contempler vos traits.
Oh! que cet espoir me console...
Une fois!., une seule!
ANGÈLE
Eh bien! je le promets.
HORACE
Vous le jurez?
ANGÈLE
A ma parole Je ne manque jamais.
UORACE.
Vous le jurez?
ENSEMBLE
ANGÉLE, lui montrant la salle du bal.
N'entendez-vous pas ?
On danse lâ-bas L'orchestre du bal Donne le signal :
Profitez du temps.
Dans quelques instants, Rêves de plaisir Vont s'évanouir.
HORACE
Non, je n'entends pas.
Je préfère, hélas!
Aux plaisirs du bal Ce secret fatal!
mai3
LE DOMINO NOIR
pon,.CB. Ali ! c'e-'l e l*î
la Toil"'. — Acld 1*T,
Et, pour mon tourm nt,
Voici le moinoiit
Ou bientùt va fuir
Rêve de plaisir.
Ainsi, lie vous revoir Vous me laissez l'espoir?
ANGÈLE
Une fois... je l'aJ dit.
HORACE
Et comment le saurai-je?
ANGÈLE
Le bon ange qui vous protège Vous rapprendra^ Mais d'ici là Du secret ..
HORACE
Âh! jamais je ne parle à personne ,
ANGÈLE
Des faveurs qu'on vous donne...
HORACE
Quand ou m'en donne.
Mais jusques à présent, et vous-même en eff^t Devez le reconnaître.
Je ne pcu.ï pas être discret.
(Tendrement, et s'npprockant d'elle.) Faites que j'aie au moins quelque mente à l'èlrc.
ENSEMBLE
ANGÈLE, sans lui rvpondre.
N'entendez-vous jias?
On danse là -bas.
L'orchestre du bal
Donne le signal :
Profitez du tcni|is,
Dans quelques inslriuls.
Pour nous va s'enfuir
Rêve de plaisir.
HORACE, arec impiilicnco.
Oui, j'entends, hél.is!
Qu'on danse là-bas.
L'orchestre du bal
Donne le signal ;
El, jiour mon tourment.
Voici le moment
Où bientùt va fuir
Rêve de plaisir.
{Ils vont pour entrer dans la salle du bal à druice, et à la pendule de l'un dessalons, on entend en de.'ior.: sonner minuit.)
LE DOMINO NOIR
ANGèLE, s'arrêtant.
0 ciel! ([u'enteiuls-jé?
{Regardant Ihorlogc du fond.) Il me semble Qu'il n'est pas encor riicure... et poiirtaiit c'est miiuiil Qui dans ce salon retentit.
HORACE, voulant l'empéclicr d'entendre.
C'est une erreur. .
ANGÈLE, entendant sonner dans le salon à gauch'i. Eli! unn!..
{Entendant sonner dans un troisième sa'on.) Encore! ah! tous ensemble!
C'est fait de moi!..
Je meurs d'effroi !
Et ma compagne, hélas!., ma compagne fidèle, Où la chercher? où donc est-elle ?
Comment la trouver il présent?
HORACE, avec embarras.
Elle est partie.
ANGÈLE
0 ciel! sans m'atleudre... et comment?
HORACE, de même.
Par une rnso Dont je m'accuse...
J'ai fu, pour vous garder, l'éloigner en secret!
ANGÈLE, poussant un cri de désespoir.
Oh ! vous m'avez perdue !
HORACE
Oh! mon Dieu! qu'ai-je fait?
ASGÉLE, eH« se lève.
0 terreur qui m'accable!
Qu'ai-je fait, misérable !
A tous les yeu\ coupable !
Que vais-je devenir?
Que résoudre el que faire ?
Au châtiment sévère Rien ne peut me soustraire.
Je n'ai plus qu'à mourir !
HORACE
0 terreur qui m'accabla !
Qu'ai-je fait, misérable !
C'est moi qui suis coupable.
Comment la retenir?
Que résoudre et que faire ?
A sa juste colère Uien ne peut me soustraire.
Je n'ai plus qn'ix mourir!
HORACE
Qu'à moi du moins votre cœur se confie; Si je peux réparer mes torts...
ANGÈLE, traversant le théâtre.
Jamais!., jamais!..
HORACE
Ah! je vous en supplie...
Ecoulez-moi, Madame, et voyez mes regrets. Laissez-moi vous défendre ou du moins vous conduire.
ANGELE.
Non, je dois partir seule!..
HORACE, la retenant.
Encor quelques instants !
ANGÈLE
Laissez-moi m'éloigner, ou devant vous j'expire!
HORACE
Eh bien! je vous suivrai!
ANGÈLE
Non... je vous le défends.
ANGÈLE
0 terreur qui m'accable! etc.
HORACE
0 terreur qui m'accable ! etc.
(Elle s'éloigne malgré les efforts d'Horace pour la retenir. .Arrivée près de la porte, ellf. lui fait de la main la défi'iise de la suivre. Horace s'arréle. Elle remet son masque et s'éloigne.)