ACTE PREMIER
Le théâtre représente un riche appartement dans le palais du gouverneur de Zara, en Dalmatie. Portes et fenêtres au fond. Portes latérales. A droite^ un canaoé et une table.
Au^ever du rideau, LORÉDAN, MALIPIERl, et les principaux officiers de la flotte vénitienne, sont assis à une table somptueuse, DOMENICO, p/usicurs matelots ou esclaves grecs les servent.
PREMIER COUPLET
LOREDAN.
Enfants de la noble Venise, Vaillants marins!
MALIPIERl ET LE CQOEUIl.
Vaillants marins I
LOREDAN.
Que liberté soit la devise De nos festins!
MALIPIERl ET LE CHOEUR.
De nos festins!
LOREDAN.
.Voimc la vapeur enivrante De tous les vins!
MALIPIERl ET LE CHOEUR.
De tous les vins !
LOREDAN.
Et giiîment, je permets qu'on clKinlo Tous les refrains!
MALIPIERl ET LE CHOEUR.
Tous les refrains!
LOREDAN, seul, élcvant son verre.
Présent îles dieux, douce ambroisie. Viens charmer, consoler nos jours!
Par ton ivresse, l'on oublie Jusqu'à l'ivresse des amours!
DEUXIÈME COUPLET
Amis, je bois à la défaite
Dl musulman!
Je bois cjs vins que leur prophète
BliVme et défend !
Demain le fracas de la guerre
Et des canons!
Mais aujourd'hui le choc du verre,
Et répetons :
Présent des dieux, douce ambroisie.
Viens charmer, consoler nos jours!
Par ton ivresse, l'on oublie Jusqu'à l'ivresse des amours!
CHOEUR
Par ton ivresse , l'on oublie Jusqu'à l'ivresse des amours!
MALIPIERl. Vive notre amiral! il fait bien les choses. (Aux officiers.) Jamais je ne l'ai vu d'aussi jojeuse humeur!
LORÉDAN. Vous trouvez, Malipieri...
MALIPIERl. Hier, vous nous donnez un bal... aujourd'hui un dîner somptueux.
LOREDAN. Et demain peut-être une bataille.
MALiPiiM. Quel luxe déplaisirs...
LOREDAN. Domenico, apporte nos chibouques.
DOMENICO. Oui, maitre.
MALIPIERl. Et pour terminer dignement la soirée... fuis dresser les tables de jeu.
LOREDAN, brusquement. A quoi bon?
MALIPIERl. Je defie tous ces messieurs... à commencer par vous, amiral!
LORÉDAN, tressaillant. Moi, dites-vous... moi?
MALIPIERl, de tnême. El pourquoi pas?
LOREDAN, troublé. Pourquoi?.. {Se reprenant ) Demain la flotte quitte le port de Zara pour retourner ,i Venise, et l'on peut employer sa soirée mieux qu'à perdre ou à gagner des poignées de sequius.
MALIPIERl. Par le temps qui court, les poignées de sequins sont rares! et, si vous n'y tenez pas, n'en privez pas les autres... je parie cent pièces d'or au premier coup de dés.
TOUS. Je les tiens!
LORÉDAN, avec colère. Messieurs ! (Se reprenant.) Vous êtes les maîtres! (5e retournant vers Domenico. ) Qu'est-ce?
DOMENICO. C'est Haydée.
MALIPIERl, bas, aux officiers. L'esclave grecque qui nous appartenait et qu'il nous a enlevée.