‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 775 sur 809 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

Les précédents, excepté DOMENICO.

BARCAROLLE a deux voix.

BATDÉE, tenant une mandoline, et bafaela.

C'est la fùte au Lido, C'est la fête en bateau.

Dont Venise raffole!

Glissez dune, ma gondole, Glissez vite sur l'eau...

C'est la fétc au Lido.

Afin d'avoir jupe élégante

Et des perles de Murauo,

Au Hialto j'ai mis eu vente

Jusqu'à mou anneau d'or... l'anneau

Que m'avait donné Zauetlo!

Mais, mais...

C'est la file au Lido, C'est la l'dte en bateau.

Dont Venise rall'ole !

Glissez donc, ma gondole, Glissez vite sur l'eau...

C'est la fête au Lido.

{En ce moment, Lorédan, qiti jusque-là avait continue à fumer, laisse tomber son chibouque, et, la télc appuyée sur sa main, écoute llaydée et Rafa'cla qui continuent leur barcaroUe.)

Un jeun.' et beau seigneur, bien tendre, A l'œil noir, aux propos galants.

Voulait me forcer de l'entendre...

Non, seigneur, je n'ai pas le temps!..

C'est la fête au Lido, C'est la fétc en bateau.

Dont Venise raffole !

Glissez donc, ma gondole.

Glissez vite sur l'eau...

C'est la fétc au Lido.

{L'air, qui jusque-là avait été vif et rapide, se ralentit en ce moment.)

Glissez, glissez, ma gondole!..

Glissez, glissez sur l'eau.

RAFAELA ET DAïDEE, s'aiTéfo/U ct regardant Lorédan, Lu sommeil un instant a fermé ses paupières ! Gardons-nous!., gardons-nous de troubler un repos

Qui le console de ses maux!.

Gardons-nous!., gardons-nous de troubler son repos!

{Elles se retirent toutes les deiix sur la pointe du pied dans l'appartement à droite.)

SCl'NE .\11I.

LORÉDAN, dormant sur le canapé, MALII'IEUI, entrant por la porte à gauche.

FtNAL.

MALIPlEni.

Me TOici, génf-ral!.. A vos ordres sévères j'accours'..

{S'arrflant.) Il dort!

(// le contemple quelques instants en silence sur la ritournelle de l'air suivant.)

AIR

A toi seul la puissance, Et la gloire et l'honneur!

Moi, je n'ai qu'une chance : Je te hais!., je te hais!., c'est là mon seul bonheur! Ta foitune.

Qui m'importune, Longtemps m'humilia!

Mais patience.

Ma vengeance Quelque jour t'atteindra!..

Jusque-I.i...

A toi seul la iiuissance.

Et la gloire et l'honneur!

Moi, je n'ai qu'une ihance :

Jeté liais!., je le bais!., c'est la mon seul bonheur! {Lorédan, qui était étendu sur le canapé, se lève sur son séant pendant la reprise de l'air précédent; il prêle l'oreille ct semble écouter un air vif et animé.)

MALIPIEBI,

Il s'éveille'..

{Il s'avance vers lui et s'arrête étonné.)

Non pas!

LOREDAN,

AIR

Ah! que Venise est belle Et ipiels accents joyeux !

Mon palais étincelle Ce soir de mille feux!

Ici, loin clés profanes.

Amis, versez toujours!

Je bois à vos sultanes.

Je bois à mes amours !

jiALipiERi, l'examinant avec étonnement .

0 délire!., ù prodige!., il dort!

LORÉDAN, assis devant la table et continuant son rêve.

Voici des dés... voici de l'or!..

(/( a l'air d'agiter des dés dans un cornet et de les rouler sur la table.) J'ai perdu!., par ma foi, qu'importe!

Faut-il une somme plus forte ?. . Jouons, amis!., jouons cucor!

Ah! que Venise est belle!

Et ijuels accents joyeux !

Mon palais étincelle Ce soir de mille feux!

Ici, loin des profanes.

Amis, versez toujours !

Je bois à vos sultanes.

Je bois à mes amours!

{L'orchestre, qui jusque-là avait été vif et joyeux, exprime tout à coup une musique sombre et agitée.) MALipiERi, regardant Lorédan.

Quel cbangemeut, ù ciel!., sur son visage 1 Ses doigts crispés se contractent de rage ! LOREDAN, toujours assis sur le canapé devant la table, pendant que Malipieri, qui est de l'autre côté de la table, suit tous ses mouvements avec curiosité. Quoi! perdre encor!.. perdre toujours!

{Frappant du poing avec colère sur la table.) Eh bien donc, mon palais!., oui, tout ce qui me reste! Sur un seul coup... un seul !.. Destin funeste.

ISO

HAYDEr

Tu no m'aliattms pas!.. Sa'aiil à mon .scTonrs!.. ,1'onleii'ls rouler les dés... et je sens mon cilmit h.ittre. .Mluns!.. et si je pcnls... la liciiile .. lo trépas! {Il semble attendre avec anj-iété les dés que son adversaire va rouler sur la table. Regardant.) Ah! pour lui... six et trois...

[Il a l'air deprendre les dés, de les agiter, et dit à part lui, avec joie et espoir.)

Il faudrait... six et quatre!..

{Il roule les dés sur la table et dit à voix basse avec effroi.) Je perds!..

(Regardant son adversaire, il s'écrie vivement.) 0 ciel!., il ne regarde pas! Il est i ramasser son or...

(Par un geste rapide, il a l'air de retourner avec la main un des dés qu'il vient de rouler et s'écrie d'un air contraint.)

Ah ! six et quatre !

MALIPIERI, qui l'examine avec attention.

Quel mystère !

LonÉDAN, d'une voix tremblante.

Oui... je gagne!

{A part et essuyant la sueur qui coule de son front.) 0 honte !.. j'ai gagné!..

E la fortune change'., et lui... l'intortuné... Perd à son tour!., toujours!., toujours!

{Ecoutant avec impatience.)

Quels chants de joie !

{Se levant et venant au bord du théâtre.) Lorédan est vainqueur!., disent-ils... taisez-vous!

(.4 demi-voix.) Lorédan est un lAche, un infime !.. en proie Aux tourments... et pourtant voilà qu'ils chantent tous. Ah! que la nuit est belle, Et quels accents joyeux !

Le palais étincelle Ce soir de mille feux!

{S'interrompant et criant.) Taisez-vous! taisez-vous!..

{Se promenant avec agitation.)

Supplice sans pareil!

Pour moi plus de bonheur! pour mui plus de sommeil! Mes torts, du moins, je veux, quoi qu'il m'en coûte, Je veux les réparer!

{Comme s'il parlait à quelqu'un.) Ecoute bien! écoute!

A toi, Rafacla, la moitié de mes biens... i;t pour l'autre moitié... jure de la remettre Au fils de Donato... s'il existe encor... tiens! [Tirant de sonseinla lettre cachetée qu'il vient d'écrin.) riens! tu lui donneras... sans l'ouvrir... cette lettre. Pour lui seul...

MALIPIERI, poussant un cri et saisissant la lettre.AM.. [Il s'approche de la table à droite , et lit à la lueur de la lampe, pendant que Lorédan est resté immobile et debout au bord du théâtre; lisant l'adresse.) «Au fils deDonato l'avogador, pour lui seul!..» {Ouvrant la lettre qu'il parcourt à la hâte.) « Un soir... dans l'ivresse du u vin et du jeu... votre père, contre qui j'avais risqué ma <( fortune sur un coup de dé... votre père a été trompé « et ruiné par moi!.. » {Il achève de tire la lettre à voix basse. Pendant ce temps, Lorédan, dont le visage est redevenu calme et serein, reprend gaiement le premier motif.)

ENSEMBLE

LOREDAN.

Ah! que Venise est belle.

Et quels accents joyeux!

Le palais étincella Ce soir de mille feux!

Loin de nous les profanes.

Amis, versez toujours.

Je bois à vos sullanes.

Je bois à vo» amours!..

(Lorédan retombe endormi sur le canapé.] MALIPIERI , tenant la lettre.

Heureuse découverte Qui change nos destins!

Son salut ou sa perle Sont donc entre mes mains.

Je tiens en ma puissance Sa gloire et son honneur, L'espoir de la vengeance Est déjà le bonheur!..

(Malipieri sort par la porte du fond.)

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