‹ Œuvres complètes de E. ScribeChapitre 78 sur 809 · HENRIETTE, FRÉDÉRIC · texte numérisé non relu

HENRIETTE, FRÉDÉRIC

FRÉDÉRIC, à part. Oui, je lui ai juré de partir ; maie après la scène d'iiier, le puis-je sans savoir au moins de ses nouvelles?

HENRIETTE. Monsieur Frédéric !

FRÉDÉRIC. Henriette! c'est le ciel qui me la fait rencontrer.

HENRIETTE. Vous dans ces lieux!

FREDERIC. Voilà plusieurs fois que M- de Saldorf m'a fait riionneur de m'inv;ter, et je venais lui rendre ma visite, ainsi qu'à Madame; est-elle visible'?

iiENRiEfrE. Non, Monsieur, elle est souffrante.

FRLDÉnic, à part. 0 ciel '..{Haut.) Je ne demande pas à la voir; mais dis-lui que je suis venu m'informer de ses nouvi. Iles, je t'en prie, je t'en supplie.

HENRiErTE. Rassurcz-vous, il n'y a pas de danger.

FRÉDEBic, at'fC j'oie. Vraiment! (.1 par*.) Je respire. (Ihiul.) C'est égal, vas-y toujours.

HENRIETTE. Tout à l'heure. Monsieur, car, dans ce moment, ma lame de Saldorf est occupée ; elle assiste, ainsi que son mari, à la réJactou d'un contrat.

FRÉDÉRIC. D'un contrat! et lequel?

HENBiEiTE. Le mien. Monsieur.

FREDERIC, la regardant. En elfet, je n'avais pas encore remarqué ce costume; comment! Henriette, tu te maries'?

HENRIETTE. Oui, vra'ment. Hier soir vous étiez si pressé, vous aviez tant de ch:igrins, que je n'ai pas osé vous parler de mon bonheur ; mais aujourd'hui, vous voila, et en l'absence de mon père, qui, faible et soutirant, u'a pu quitter le pays, j'espère bien que vous daignerez assister à mon mariage, que vous me ferez cet honneur?

FREDERIC. Oui, ma chère enfant, oui, ma bonne Henriette, et de grand cœur. Que je suis couiiable de l'avoir négligée ;ice point! Panlonn;-moi ; depuis mon retour j'.ii eu tant de tourments! Qui épouscs-tu? quel est ton mari'?

HENRIETTE. Monsieur Fritz, un tapissier.

FRÉDÉRIC. Un pareil mariage...

Henriette. Eh! que puis-je désirer de mieux?

FREDERIC. Toi, si jolie, si distinguée, et avec l'éducation, les talents que t'a donnés madame de Saldorf!

HENRIETTE. Ma bienfaitrice m'a traitée comme sou enfant, et c'est peut-être un tort; car toutes ses boutés u'cmpèclnient point que je ne fusse la fille d'un simple soldat, et ce que je [uiis faire de mieux est d'épouser mou égal; mon mari est un excellent homme, qui m'aime beaucoup, que j'aime aussi, qui me rendra heureuse : vous voyez donc bien que c'est un bon mariage! et bientôt, monsieur le comte, j'espère que vous ferez comme nous. FREDERIC. Moi!

HENRIETTE. Oui, saus doute, il faut vous marier. FRÉDÉRIC. Jamais! cela n'est pas possible.

HENRIETTE. Pourquoi donc? J'ignore vos chagrins cl ne puis les partager; mais, croyez-moi, il n'est point d'éternelles douleurs; et avec votre nom, vos richesses, qui ne serait heureuse et fière de vous appartenir?

FREDERIC. Bonne Henriette, c'est toi qui me consoles; toi, <lu moins, lu sens toujours mon amie.

HENRIETTE. Dame! je suis la plus ancienne, la première en date! Allons, mon jeune inailre, du courage; qui plus que vous mérite d'être heureux?.. {En souriant.) Cela viendra. Vous ferez un beau mariage, vous prendrez ici un I bel hôtel, et vous donnerez votre pratique à mon mari.

FRÉDÉRIC. Chère Henriette!., j'espèie bien mieux l'airn que cela pour vous. C'est à moi de te doter.

HENRIETTE. Ma bienfaitrice s'est clnrgée de ce soin.

FRÉDÉRIC. Je serai de moitié avec elle. Je vais en parlei tout à l'heure à M. de Saldorf; mais eu attendant...

ROMANCE

PREMIER COITLET.

.\n\ jours heureux que mon cœur se rappelle. J'ai vu par toi mon printemps emlielli. 0 toi, (|ui fus ma sœur, ma compagne fidèle,

{Olant une chaîne d'or qui est à son cou.) Dj ma mère r. çois ce souvenir chéri!

Je jure ici devant Dieu, devant elle.

D'être toujours ton livre et ton ami.

{Sur la ritournelle de l'air il passe la chaine au eou d'Henriette.)

DEIXIÉME COUPLET.

Que tous tes jours s'écoulent sans nuage. Que de ton cœur le chagrin soit banni ! Et si jamais sur toi vient à gronder l'orage, Près de moi viens chercher un asile, un abri. (L'embrassant sur le front.) De mes serments reçois ici le gage.

C'est le baiser d'un frère et d'un ami.

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