SCENE IV
RAFAELA , remontant le théâtre et suivant des yeux Andréa, lUYDliE, DOMENICO
HAYDEE. Mais toi, Domenico, toi qui nous restes, peuxtu parler'?
DOMENICO, la regardant sans lui répondre. Ah', comme
vous êtes belle, Haydée ! vous me faites l'effet de Venise au soleil !.. plus on la voit et plus. .
HAYDÉE. Il n'est pas question de cc^a! sais-tu pourquoi Lorédan est, aussitôt son arrivée, obligé d'aller au sénat.
DOMENICO. Pour rendre compte de sa conduite !
RAFAELA. Au doge!
DOMENICO. Il n'y a plus de doge ! il est défunt , c'est le conseil des Dix et le grand conseil qui régnent en attendant que nous ayons choisi un autre souverain... ce qui n'est pas facile!
HAYDEE. Il n'y en a pas ?
DOMENICO. Il y en a trop; chacun, au besoin, se donnerait sa voix! moi... tout le premier!...
HAYDEE. Et quand reviendra Lorédan?
DOMENICO. Ma foi... je n'en sais rien. . tout ce que j'ai appris par la ville , c'est que Venise lui accorde, dit-on, une partie des drapeaux conquis sur l'ennemi. Voilà pour lui!... et pour moi... {Avec embarras.) Je voulais vous parler aussitôt votre arrivée d'une chose... Vous savez... je vous l'ai dit, une chose... ou plutôt un projet... quand je dis un projet... c'est une idée...
RAFAELA , qui a regardé du côté de la colonnade à droite. Cette fois, c'est Lorédan... c'est bien lui !
DOMENICO, à part, et soupirant. Je l'aime autant ! jo n'en serais jamais venu à bout.
RAFAELA. Et les principaux membres du sénat et tout ce peuple qui le reconduisent comme en triomphe jusqu'à son palais.
DOMENICO, à part. Sans compter la fête que les bateliers du Lido doivent tantôt lui donner !