SCENE V
Lès PRÉCÉDENTS, LE PRINCE DE NEUBOURG, M. DE VALBORN, LA COMTESSE DE DR.\KENB.\CK, et QUELQUES Seigneurs et dames de la cour.
MORCEAU D'ENSEMBLE
mademoiselle de wedel, bas, au prince de ycubourg,
qui salue la princesse. Un peu plus b,is... c'est bien... très-bien comme cela.
M. DE linsberg, ô part.
Le prince de Neubourg!.. que je le hais déjà !
LA NEIGE
n pniNOEssK, le présentant au prince du Nciihourg. C'usl moiisieui' Je Linjhci'L'.
LE puixce.
J'en ai l'àme rli iniuc.
Je ne le connaissais (|ue par sa renommée, Carcliacun viintc iri, d'une commune voix, El Sun dernier combat, et ses derniers exploits!
AIR
J'honore avant tout le courasc :
A mon rang je ne tiendrais pas S'd ne me donnait l'avantage D'iilrc le premier aux combats.
Oui, «l'iitre soldat je fais gloire :
Quand pou.TOns-noiis, aux champs de la vicluirc, Kt l'ières d'armes et rivaux.
Marcher sous les nicîmjs diapcaux''
[Détachant l'ordre de Neubourj.) Qu'eu attendant ce noble signe De \olre valeur soit le prix :
.\ucun |ilus quj vous n'en est digne.
Tous les braves sont mes amis.
(// le lui présente, et Liiubery, après avoir bésiié t.n instant, l'accepta en s'inclinant.)
LE pniNCE HE XEi'Douna.
(Reprise de l'air.) J'honore avant tout le courage : A mou rang je ne tiendrais ims S'il ne me donnait l'avaulage D'ùtre le premier aux combats.
LKSE.\1BLE.
LA PKINCESSE.
Oh ! pour moi ipiel bunliear extrême ! Voir lionor.T celui (pie j'aime!
Par Ses exploits, par sa valeur, Il mérite un pareil honneur.
MADEMOISELLE DE WEDEL.
Ail! pour moi i|uel bonheur cxlre'nio!
J'en suis plus lière i|ue lui-même, l'ar ses exploits, piir sa vaLu'', Il mérite un pareil honneur.
JI. DE VALniinN ET MADAME DnAKEXBACK.
Ah! [lonr moi quel dépl extrême!
11 séduit le prince lui-même.
Encor de nouvelles faveurs, Sans cesse de nouveaux honn-.ors.
M. DE LI.NSDECG
Hélas ! mon chagrin est exlréa;e :
C'est en vain qu il veut <pie je l'aimj. A celui ipn fait mou malheur raut-il devoir un tel honneur!
LE l'RlXXE DE NiaUuniG.
Oui, par celte faveur ixtièinc.
Ici je m'honore moi-même.
Par ses exploits, par s,i valeur, Il mérite mu pareil ho.nenr.
CHtJELii.
De ce guerrier que chacun aime Célébrons le bonheur suprême, Et le grand prince doid le ca-ur Sait ainsi payer la \aleur.
MADEMOISELLE PE WEDEL, bas, «« princc de yeiiboiirg. A merveille!.. Tous les jours de nouveaux progrès; mais vous n'avez pas eucorc pensé ii demander des nouvelles de sou altesse.
LE PRINCE, de même. Étourdi que je suis! [Iltiat, à la princesse.) Voire altesse ne s'est lias resseidie de 1 accident de ce matin'?
LA PRINCESSE. Non; j'ai eu plus de peur que de mil. Mais comment tout cela s'est-ii passé'? et quel est donc mon libérateur ?
LE PRINCE. Je voudrais pouvoir dire que c'est moi ; mais j'ai, au contraire, une peur horrible que cet accid 'nt-la ne soit de ma fajou; et j'en suis d'autant plus désolé que
j'a\a:s promis a la baronne de Wedel de ne pas faire une seule gau.-berie d'aujourd'hui. J étais penché sur le traineau de votre allesse que je conduisais ; et dans le moment vous m'avez dit : Prince de Neubourg, j'ai besoin de vous Noir et de vous parler.
M. DE LixsBERO, vivcmcnt. .\h'... son allesse vous disait...
LE PRINCE. Ce sont ses propres paroles, et j'écoutais si attentivement que je n'ai plus pensé au traîneau, qui s'est dirigé tout seul; et, ma foi, sans monsieur de Linsberg... car c'est lui, vous ne \ous en douliiz pa«, c'est lui cpii a mcore remi.orté tout l'houneur de cette expédition navale; ce qui est fort beau, surtout puur ua général de cavalerie.
M. DE LiNSBERC, rcyardaiU la priiiccsse Je suis fiche, Monseigneur, ipie cet aceidciit ait int rrompu votre conscrsatiuu avec sou allesse.
LA PR.NCKSSE. Un pareil entretien n'avait rii n de bien inléressaut.
LE PRi.scE. N'est-ce pas? et jiuis cela se retrouven; vous i.ie lavez promis'?
lA PRINCESSE, embarrassée. Oh! certainement. . il est fort indill'éreut (pic ce soit... Mais qu'avez-vons, monsieur de Lusherg? xuus paraissez roullrir; pciit-êlre est-ce de ce malin?
M. DE LixsBBac. Vulre altesse est trop bonne de daigner s'en apeicovoir; ipi iniporie?
lAPRlNCtssE Un ouvre chez le grand-duc. (.1 l.insbenj, qui fait un moiiccmenl pour sortir.) Ne venez-vous pas lui faire votre cour?
H. DE Liss3ER(;. Oui, Madame. {A part.) Je veux tout exaul lier, ne jias les peidre de vue! Fut-il jamais nue situât,ou pareille à la luieune! être mari, être jaloux, et ne pouvoir se plaindre!
MADEMOISELLE DE WEDEL, à qui le priticc o/Jrc la main. A quoi pensei-voHS donc? La m in à son alte>.-.e!
LE PKINCE. Dieu! quelle liiile!
MADEMo .SELLE DE WEDEL. El de deus ! (/,c princc de Keubourj se préripiie vers la princesse, tt lui olfre sa main ; encemumeni, Unsbenj. ipii présentait laiiennc, la retire en s'inclinanl re:,peetiieasemeiit.)
M. DE LlXSBtBC, (( part. Jusqu'à l'etilpletle ipii rdlislilre contre moi! [lU surlsnl tous par la porte a droite du
spectateur,}
SCt^E VI.
MADEMOISELLE DE WEHKL, ieule , rc'jnrd,:v.< sortir Linsberj.
UÉCri'ATIF.
Des succès de Linshcrg ipie mon àmc est ravie! Miis u'a-l-il pas déjii tiop de [lace en nio . ràiu? Non, non, je ne s. rai jamais que son ami,- : Ce titre seul sutlit à mon bonheur.
AIR
Tendre amitié, ton flambeau lulélairc Vaut mieux pour nous que celui des amours!
Sans nous tromp,r il nous éclair,-, Et bnlle encor, même ,iprès nos beaux ,onrs. Coiiibien de fois Linsberg sécha mes larmes
Dont jicrsonne n'avait pitié.
De mes plaisirs il augmentait les charmes, De mes chagrins il prenait la moitié.
Tendre amitié, ton ilandieau tntélaire \aut mieux pour nous que celui des aaiours :
Sans nous trom|ier il nous éclaire.
Et brille encor, même après nos beaux jours.
Mai.s quand j'y pense, cependant.
Si mon ami devenait nu am.inl. .
Chassons cette vaine folie.
Reprenons ma gaîté chérie :
LA NEIGE
LB chand-duc. D(i Linsbarg
fils. — > Acte 4, scène 11.
Sans lui jilns il'iin lulorateur D.'jà se dis|inte mon cœur.
Coimellc, léj;ore et frivole.
Je voii\ que Liiisl)cra: soit puni ; Tous les niiKinls que .je dùsoie Vont aujouril'liui piijcr pour lui.
sciînl; vil.
MADEMOISELLE DE WEDEL; LINSBEUG, sortant de chez le yrand-diic, d'an air aijilé.
MADEMOISELLE DE wEDEi. Eli, mou Die»! qu'avoz-vous donc?..
M. DE LiNSBi;nG. R-cn Jj vous quitte; je m'éloigne !
MADEMOISELLE DE WEUEL. Qu'uSt-il dOUC arrivé?
M. DE LINSBEUG. Jc uc sais ; mais c'est un jiarti pris. Le prince de Neuliourg ne «Jiiitte pas son altesse, il est sans cesse auprès d'elle. [À part.) Et ce M. de Valborn , qui semlilait prendre plaisir à me le faire remarquer. {liant.) Enlin, dans un moment où d.: nouveau la princesse lui présenta t la main, je l'ai vu distinctement, il a osé la porter à ses lèvres!
MADEMOISELLE DE WEDEL. Au fait, c'est pcu couvenaMe ; m lis on lient lui pardonner.
M. DE LINSBEUG. Lui pardonner! Je me suis élancé vers lui...
MADEMOISELLE DE WEDEL, vivetiient.Mé'. pourquoi donc, Monsieui ? Qu'est-ce que cela vous l'ait''
M. DE LINSBEUG. Qui'? moi'? je rigncre. Mais enfin dans ce mouvement j'ai lnurté par mégaide M. de Valborn ipii sans doute s'en est formalisé : je ne sais ce que je lui ai i'é]ioiidu; mais c'est sur lui qu'est retombé mon ressentiment. Je u'etais plus a moi.
MADEMOISELLE DE WEDEL. 0 ciil! VOUS l'avez défié?
M. DE LiNSBERG. Je le crois...
MADEMOISELLE DE WEDEL. Devant des femmes ! devant la princesse !
M. DE LINSBEBG. Duvant le monde entier.
MADEMOISELLE DE WEDEL. Manquer à ce point do respect!
M DE LINSBERG. Je me suis a|icrçu de ma faute à l'air sévère du grand-duc, aux murmures des courtisans ; mais il était trop lard, la princesse m'avait donné l'ordre de sortir de sa prC'sence.
MADEMOISELLE DE WEDEL. Pouvait-cllo faire autrement?