KASIMIR PREMIER, DIT LE MOINE
( Poésie polonaise. — nibmcbwiez)
La Pologne était forte ; elle était donc heureuse ;
Elle avait un grand roi, le glorieux Chrobry ;
Ses voisins redoutaient son aigle aventureuse,
L'aigle blanche au vol large, — et, sous ce noble abri. Les serfs, jouant avec leurs chaînes.
Semaient l'or des moissons prochaines ;
Tandis que dans la lice, où casques et hàrnois S'entre-choquent aux bras des chênes.
Les seigneurs s'élançaient des festins aux tournois.
Miézyslas, après lui, des combats incapable.
Prit d'une main pygmée un sceptre de géant.
Sans vertu, débonnaire, et sans crime, coupable,
Il gagnait, jour à jour, son nom de fainéant. Avec dMndignes fils des Slaves, Ducs et barons à cœurs d'esclaves,
Il noyait d'hydromel l'oubli des grands exploits; Et cependant au front des braves
Son épouse Rixa jetait ses dures lois.
D'un pays ennemi cette femme arrivée Sur la Pologne en deuil régnait pour 3'en venger. Ce n'était dans les champs que rapine et corvée Pour nourrir des flatteurs le ramas étranger. Et quand l'indolent à la terre Fut rendu... quand, las de se taire.
Le peuple — un peuple entier — osa tout haut gémir.
Couverte d'or et de mystère.
Elle fuit, emportant le jeune Kasimir.
Alors les Polonais d'une hydre d'anarchie Sentirent se presser les anneaux étouffants ; Toutes les nations, dans la poudre affranchie. Traînèrent de Chrobry les faisceaux triomphants.
La Bohême, la Moscovie,
Relevant leur tête asservie, Des frontières partout insultèrent l'orgueil ;
Et, découragés de la vie, Le peuple aux saints autels n'implorait qu'un cerceuil.
Gnesne, royal séjour, noble cité des maîtres, La ville des palais, des amours, des festins. En proie à Bretystaw, vît ses trésors, ses prêtres Et ses vierges partir pour des exils lointains. Tout ce qui restait du royaume.
Dans les châteaux et sous le chaume, Se ressouvint alors de Kasimir absent :
« Lui seul a le glaive et le heaume ; Allons vers lui I — Chrobry vit encor dans son sang. »
Dans un pays, bien loin, au fond d'un monastère, Ils trouvèrent le roi saintement enfermé,
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A deux genoux devant un autel solitaire, Avec l'habit du cloître et le cierge allumé.
« Prince, notre Pologne expire.
Son peuple décimé soupire Après sa vieille gloire, après son jeune Roi.
Ayez pitié de votre empire; Prince, prepez ce glaive et dites : Suivez-moi ! »
— « Suivez-moi l » dit le prince, et de son vœu de moine Délié par le Pape, il fondit du coteau Dans la plaine, et reprit son royal patrimoine. Bataille par bataille, et château par château...
a Enfin, c'est toi, ma capitale !
Tends-moi tes bras, ville natale.
Gomme à la voix du Christ ému d'humanité.
Déchirant la robe fatale.
Cette mère embrassa son fils ressuscité I »
Le Sénat, le clergé, le peuple, à sa rencontre Se portèrent : « Salut I et sois le bienvenu. Petit-fils de Chrobry I Le maître enfin se montrel A ton œil fier et doux nous t'avons reconnu.
Ta vue, à nos maux qu'elle apaise.
Est comme l'onde à la fournaise I Ne soufifre pas qu'un feu se rallume en nos chairs,
Et que la race polonaise Terreur deë étrangers, tombe encor dans leurs fersl »
Kasimir dépassa tant d'espoir. — A son ordre L'anarchie étouffa sa torche; et blonds Russiens, Et pâles Allemands, balayés en désordre.
Jurèrent le tribut! — et, comme aux jours anciens.
Le serf, jouant avec ses chaînes.
Sema l'or des moissons prochaines, Tandis que dans la lice, où casques et harnois
S'entre-choquent aux bras des chênes.
Les seigneurs s'élançaient des festins aux tournois.
170 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.
POÉSIE
LUE DANS LA FÊTE DE BIENFAISANCE POUR LES INONDÉS DE LA LOIKB AU CONSERYATOIRB DE PARIS EN 1847
SMl est au bout du monde, incendie ou famine, Ou déluge, un fléau tombé sur les humains, Ta prompte sympathie, ô France! n'examine Ni races ni climats pour ouvrir tes deux mains : N'importe ce qui soufifre ou ce qui périclite,
Ton aumône cosmopolite Au-devant du malheur court par tous les chemins. — Si la tempête, au Nord comme au Sud familière, Tonne sur un proscrit... Dieu peut te l'envoyer, France ; tu fus toujours la grande hospitalière :
Ton chêne tend ses bras au lierre; L'exil, moins orphelin, se chauffe à ton foyer !
Eh bieni toi que jamais la plainte n'importune. Redouble de pitié I — Ce n'est plus aujourd'hui L'étranger fugitif, la lointaine infortune.
Qui réclament ton saint appui ; Le mal te frappe au cœur : ce sont tes enfants mêmes ; Souffrant dans tes cités, souffrant dans tes hameaux. C'est ta chair, c'est ton sang qui crie : « Ah I si tu m'aimes.
Vois l'abondance de mes maux! »
Et, de Nevers à Tours, de paroisse en paroisse, Avec les flots hurlants monte ce cri d'angoisse. Le grand fleuve de Loire a perdu la raison.
Comme a dit le poète; et, sur ses bords qu'il froisse, Déracine et meurtrit grange, temple, maison... « Car, tous les éléments ont une antique haine Pour les créations de la puissance humaine M » —