CANTILÈNE DU POETE ESPAGNOL VILLÉGAS
J'ai vu sur un thymier en fleur Un petit oiseau bien en peine,
Parce que son doux nid, aux mains de l'oiseleur, S'en allait à travers la plaine.
Je l'ai vu, désolé de ce larcin cruel.
Jeter au vent plaintes sur plaintes, Pour qu'il portât ses larmes saintes Et tout son chagrin jusqu'au cieL
Tantôt de cris aigus il redoublait encore ; Tantôt il se taisait, comme n'en pouvant plus ; Et puis il reprenait, en elTorts superflus.
Sa lamentation sonore.
Tantôt il voletait en cercles redoublés.
Et tantôt il rasait la prairie et la mare ; Ou bien, de branche en branche, il suivait le barbare Et sautait sur le bord des blés.
Par ses pleurs, sous lesquels un roc pourrait se fondre, Il disait : « Ah! méchant qui presses tant le pas, Rends-moi mon cher trésor ! «—Je vis l'homme répondre : a Je ne veux pas! je ne veux pas! »
198 OEUVRES D'EMILE DESGHÂMPS.