‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 12 sur 170 · A MA CHERE AGLAÉ · texte numérisé non relu

A MA CHERE AGLAÉ

Quoi! tu ne veux rien pour ta fête!

C'est bien peu de chose, en honneur.

N'importe; ainsi que mon bonheur.

Mon obéissance est parfaite...

Oui, vois : je t'embrasse et je sors; Et puis je rentre et je t'embrasse.

La journée, en t' aimant, se passe...

C'est un jour ordinaire, alors!

L'ERMITi:. 47

Pour cette fois, Tamour fidèle Avec rhymen s'est arrangé; Dans son ménage il n'a^plus d'aile, Mais, du reste, il n'est pas changé!

( Poésie anglaise. — ooldsmith)

« Gentil ermite, arrête, ô messager divin, Protége-moi, conduis mes pas dans la bruyère. Vers la lueur hospitalière Qui scintille au creux du ravin.

« Dans l'abîme de brume, où mon regard se plonge, Voyageur égaré, je marche avec effroi;

Plus je vais et plus devant moi

Ce ténébreux désert s'allonge. »

— « Mon fils, répond l'ermite, ohl ne t'engage pas Dans ce chemin nocturne, où le plus fort trébuche.

Cette clarté n'est qu'une embûche

Qui te mènerait au trépas.

« En tout temps, l'orphelin que le monde abandonne Trouve ma porte ouverte à sa triste langueur;

J'ai peu de chose et de bon cœur

A l'infortuné je le donne.

« Viens, tu partageras, sous mon chaume abrité, Les indigents trésors que pour moi rien n'égale :

Mon foyer, noa table frugale,

Ma natte et ma tranquillité!

48 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

« Des troupeaux bondissants dont ma vue est ravie, Jamais mon fer mortel n'abrégea les amours;

Le Dieu qui conserve mes jours

M'apprend à leur laisser la vie.

« Ma main, aux bois féconds, aux ruisseaux argeixtins, Cueille mes aliments ou puise mon breuvage.

L'eau pure, quelque fruit sauvage

Forment mes innocents festins.

« Courage 1 viens! — Armé d'un espoir salutaire, Chasse de ton esprit les ennuis et les soins; Mon fils, l'homme a peu, de besoins Et pour peu de temps sur la terre ! »

Ce discours pénétrait le pèlerin rêveur, Comme fait la rosée aux tleurs de la colline;

AVec modestie il s'incline

Et suit l'ermite avec ferveur.

Un bois épais entoure et couvre l'ermitage, Divin refuge où vont, par leur ange conduits, Les voyageurs de tout pays, Comme les pauvres de tout âge.

Là, sous cet humble toit aucun luxe gênant N'exige de son maître une garde assidue; Par un loquet seul défendue, La porte s'ouvre à tout venant.

C'est l'heure où, fatigué d'une journée active. Le citadin s'assoit, attisant son foyer.

L'ermite cherche à récréer

Son mélancolique convive.

Il sert les fruits vermeils , — l'invite, — il a recours Aux propos enjoués qu'invente un hôte affable.

Et, par quelque attachante fable.

De la nuit il charme le cours.

Autour d'eux, se livrant à sa grâce folâtre,

Le chat bondit, se roule en ses longs poils soyeux;

Le grillon jette un cri joyeux, Le sarment pétille dans Tâtre.

Mais rien de Tétranger n'allège les douleurs;

De soupirs en soupirs, comme une coupe pleine Son âme déborde, et sa peine Se trahit dains ses yeux en pleurs.

Le bon ermite a vu ses secrètes alarmes Grossir et l'oppresser de leur poids étouffant :

« Quelle est, dit-il, mon pauvre enfant.

Quelle est la cause de tes larmes?

« D'un fortuné séjour peut-être qu'éloigné, Tu plains par les besoins ta jeunesse envahie ?

Pleures-tu l'amitié trahie?.

Pleures-tu l'amour dédaigné?

« Les dons de la fortune, hélas! sont éphémères.

Un hasard détruira ce qu'un hasard produit!

Et ceux que leur appât séduit Sont aussi vains que ces chimères.

« Qu'est-ce que l'amitié, qu'un saint nom profané? Un rêve de l'enfance, image sans modèle.

Une ombre aux seuls heureux fidèle,

Qui fuit loin de l'infortuné.

« Et l'amour? vil jouet de vos dames entre elles; Exilé de la terre, il n'est qu'un mot charmant ;

Ou réchauffe encor seulement

Le nid des tendres tourterelles!

Ferme ce cœur aimant; et, comme je le fais.

Méprise un sexe ingrat dont le cœur est de pierre. »

— L'hôte rougit et sa paupière

S'abaisse comme sous un faix I

Le saint homme l'observe, et soudain voit éclore Je ne sais quels attraits qui brillent à ses yeux, -

Tels qu'au printemps brillent les cieux.

Des fraîches lueurs de l'aurore.

Un regard plus timide, un sein plus agité,

Lui révèle un secret dont se trouble son âme...

Ce pèlerin, c'est une femme

Dans sa virginale beauté!

« Pardonne, a-t-elle dit, austère cénobite, Si j'osai, moi profane, aborder ce saint lieu, Cet imposant asile, où Dieu • Avec son digne apôtre habite!

« Mais, au nom de ce Dieu, ne me repousse pas. Par l'amour condamnée à cette errante vie.

D'un cher fantôme poursuivie.

Le désespoir conduit mes pas.

« Très-riche et très-puissant un seigneur fut mon père. Il aimait ses trésors pour moi, sa seule enfant;

Et, pour moi, fier et triomphant.

Rêvait un avenir prospère.

« Combien d'adorateurs, en élégant pourpoint. Tout haut, ou par les soins d'un discret émissaire, Me juraient un amour sincère.

Que peut-être ils ne sentaient point !

x Sous les yeux paternels leur foule tributaire M'environnait. Edwin se mêlait à ma cour; Sa bouche taisait son amour, Mais ses yeux ne pouvaient le taire.

a Noble, sans écusson, et charmant sans apprêt, Il ne mit âmes pieds grandeur, richesse aucune;

Il avait son cœur pour fortune,

Et je sentais qu'il me l'offrait.

« Le lys, à peine éclos, qu'un doux rayon décore, La rosée au matin, le croissant argenté.

Rivalisent de pureté...

Edwin était plus pur encore.

« Des fleurs que le soleil teint de riches couleurs, liidvvin avait l'éclat, créé pour une fête ;

Je passais, comme la tempête Qui se plaît à pâlir les fleurs.

a Car lidwin m'adorait, et moi de la malice J'épuisais tous les jeux pour aigrir son tourment;

Je Taimais, et, tout en Taimant,

Je triomphais de son supplice.

« Enfin, las de subir un dédain sans remord, Il s'enfuit, vieux de pleurs à l'aurore de l'âge. Et sur cette lointaine plage.

Seul au monde, on dit qu'il est mort!

« Mais si mon crime est grand, grande est ma pénitence; Si je respire encor, ce n'est que pour souflfrir ;

Au désert qui le vit mourir

Je viens traîner mon existence.

« Qui montrera sa tombe à mon lugubre ennui?

J'y trouverai ma mort, le bien que je préfère î

Pour moi ce qu'Edwin a su faire.

Je saurai le faire pour lui. »

a — T'en préservent les saints I » crie aussitôt l'ermite. Il l'enlève en ses bras... elle veut fuir!... ô ciel!

C'est Edvvin qui d'un sort cruel

Passait à l'espoir sans limite :

« Angélîne, c'est moi, regarde, ohl oui, c'est moi, Ton Edwin qui pleurait... qui de tes pleurs s'enivre I Ton Edwin, qui veut encor vivre Puisqu'il peut vivre encor pour toi!

« Laisse-moi t'enlacer d'amour fidèle et chaste; Comme l'étaient nos coeurs. Dieu joint ici nos mains...

Pour tout le bonheur des humains

Un ermitage est assez vaste.

« Jamais, jamais amants, voyant les rois loin d'eux. N'auront connu sur terre extase plus divine; Le dernier souffle d'Angéline Sera le dernier pour tous deux! »

UNE Fête;

— « Eh bien? que tardez- vous tous les deux?... le cortège, Que de soldats pressés un double rang protège, S'ébranle ; entendez-vous, des hauteurs du rempart. Tonner, à coups joyeux, le canon du départ?

J'entends la voix des chefs dont l'ordre se répète, Au bruit des sourds tambours et de l'aigre trompette; Et, comme aux jours de mort, les chevaux hennissant. Et sur le dur pavé leur fer retentissant; Puis, du peuple orageux, dont la mer se déploie, Les confuses clameurs, langage de sa joie; Et tout à coup, les sons des fifres et des cors Entretenant la paix de belliqueux accords.

Voyez étinceler ces lances et ces haches ; Ondoyer sous les vents l'albâtre des panaches. Comme un champ de blés mûrs, que le précoce hiver De son manteau de neige aurait déjà couvert... Mais les flots de la foule, en s'approchant, augmentent: La ville est attentive, et tous les toits fermentent. Oh! voyez, avançant leurs beaux fronts éclairés. Que de femmes, là-bas, sur les balcons dorés! Des carrosses du roi l'on aperçoit le faîte.

Hâtez-vous, l'heure fuit, vous manquerez la fête.

— Allez; nous vous suivons...

Et toi, mon ange, et toi, Par cet autre chemin si détourné, suis-moi !

Et, tandis que la fête, à grand bruit, les rassemble, Ainsi que deux oiseaux, envolons-nous ensemble Et savourons en paix ces bienheureux instants. Rapides oasis dans le' désert du temps!

N'as- tu point des pensers de la couleur des roses? Parle, en marchant toujours; et dis-moi de ces choses Que tu n'as pas osé dire jusqu'à présent.

Ce massif de tilleuls, d'un voile complaisant.

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