‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 122 sur 170 · APPEL POÉTIQUE · texte numérisé non relu

APPEL POÉTIQUE

Dites, que craignez-vous pour si longtemps vous t^ire?

Les sots? on rit même des sots.

Si nous jetons souvent nos perles aux pourceaux,

Elles ne restent point à terre.

Quelqu'un passe toujours sur le bord du chemin,

Qui les ramasse et s'en empare ; J'en sais qu'un roi marchande, et plus d'une qui pare

Ou noirs cheveux ou blanche main.

Les méchants? gardez- leur plutôt votre indulgence.

Hélas ! ils sont si malheureux !

Us font tout contre nous, ne faisons rien contre eux ;

Des succès pour toute vengeance !

La vertu dans le cœur et le génie au front, Méritez deux fois qu'on vous loue ;

Les envieux deux fois vous jettent de la boue : Qu'y faire? ils donnent ce qu'ils ont.

L'impur crapaud coasse au chant de la colombe;

Un esclave insulta César Et des fanges de Rome éclaboussa son char.

Qu'importe à César dans sa tombe ?

Donc, piège, assaut, péril vous attend au début;

Plus d'un reculerait sans doute ; Mais vous, mortel choisi, marchez sans voir la route.

Chantant, les yeux fixés au but.

Quand l'ouragan fougueux court parmi les campagnes, Que la grêle, fléau des épis jaunissants.

Tombe et bondit au bord des toits retentissants. Et que la foudre au loin roule dans les montagnes, Le passereau timide et le faible ramier Cherchent l'abri du chaume ou l'arbre hospitalier, Tandis qu'au bruit des eaux et des vents en furie,

Sortant de son puissant sommeil.

L'aigle traverse, en roi, la céleste patrie

Des orages et du soleil !

BARGAROLLK

Partons! partons! c'est Theure Où les songes du soir vont descendre sur nous;

Où la nacelle effleure Des bords plus embaumés au sein des flots plus doux. Âh! quel charmant rivage!

Quel frais ombrage î Oui la plus sage Verra finir d'un œil jaloux Le voyage.

Chantons, chantons dans l'ombre, Sous le saule, en passant, chantons de ces vieux airs

Que sur leur bateau sombre Chantent les gondoliers aux longs échos des mers; Quand, sous sa mante grise, Fendant la brise, La vierge éprise A fui les grands palais déserts De Venise.

Aimons, aimons encore.

Le temps fuit comme l'onde : aimons-nous aujourd'hui.

Trop tôt viendra l'aurore ; A demain les grandeurs et la ville et l'ennui. Aimons! — Amour désole Jeunesse folle.

Mais s*il s'envole, belles, rien jamais de lui.

Ne console.

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