A ALFRED DE VIGNY
N'entends-je pas frémir la harpe des prophètes. Dont les accents, échos du ciel et des enfers.
Parlaient de malheurs dans les fêtes
Et de triomphes dans les fers!
Ou qui, d'un monde à l'autre et du saint temple aux chaumes,
Passait, comme la voix du vent.
Semant la parabole ou répandant les psaumes.
Dans la langue du Dieu vivant!
A peine le sacré cantique
S'éloigne et meurt à l'Orient,
En tendez- vous, pur et brillant.
Un accord de la lyre antique?
Cette lyre que Thèbe a transmise aux Romains, Qui sait chanter les dieux et Néère et la gloire. Que Chénier réveilla si fraîche, et dont l'ivoire
S'échappa, sanglant, de ses mains?
Du lierre des donjons quels chants ont percé l'ombre? Des ménestrels du Nord c'est le luth ingénu, Rempli, comme autrefois, de merveilles sans nombre. Toujours rêveur, toujours amoureux, mais plus sombre, Plus mâle, et tourmenté par un souffle inconnu.
On sent, à ses élans de flamme.
On sent que Byron est venu.
Et qu'à la corde humide il a jeté son âme.
Cher Alfred, loin, bien loin des profanes moqueurs.
Interrogez le luth, et la harpe et la lyre,
Tous les lieux, tous les temps à vos appels vainqueurs,
En rhythmes variés répondent, et nos cœurs
Ne changent point d'idole en changeant de délire !
A ALBERT DE RESSÉGUIEK
Cher enfant, vous avez des yeux,
Très-bleus, très-beaux, qui parlent mieux
Cent fois que la bouche d'un autre.
Et presque aussi bien que la vôtre.
Votre sourire et vos cheveux.
Dont l'or joue avec le zéphyre.
Sont les cheveux et le sourire
De l'enfant qui nous dit : je veux!
La Muse vous guette, et les Grâces
De vos manières ont pris soin,
Et ceux qui marchent sur vos traces
Y marcheront toujours de loin.
Vous voit-on une heure? on vous aime.
Vous aime-t-on? c'est pour longtemps.
Trouveriez-vous, à Paris même,
Des amis froids ou peu constants?
Et vous grandirez, je l'espère,
En esprit, en talent, beaucoup...
A MÂDAIMË MARIE MBNESSIËR-NODIER. 219
Vous en aurez trop... et surtout Pas plus que n'en a votre père.