AU MARQUIS THÉOPHILE
Et que toutes ses révérences Ne feraient rien pour son salut.
Dites aux mandarins, littéraires momies, Politiques pédants, qui, pour tout résultat, Transforment sans pitié les conseils de l'État
En séances d'académies,
Dites-leur, toujours de ma part.
Qu'ils ont beau, vers le Nord, d'où siffle l'âpre haleine. Et d'où l'invasion fond comme un léopard, Se garnir d'un épais et colossal rempart; Beau faire cuire au four des tours de porcelaine; Beau porter plus de soie au corps que nous de laine;
Beau peigner de jolis jardins, Beau se laisser flotter dans l'or des molles jonques
Avec des princesses quelconques
Et des troupes de baladins.
Beau s'hébéter 6! opium vomi par cent gabares... Ils n'en seront pas moins des brutes, des barbares, Tant qu'ils conserveront deux très-graves défauts : Étrangler les petits enfant3, et chanter faux !
En effet, les ânons, les tigres font-ils pire?
Dites enfin, dites ceci
Aux dames du Céleste Empire
(En baisant leurs petits pieds, si Vous les apercevez à force de recherches).
Dites-leur qu'à trotter en équilibre, ainsi
Que des sauteuses sur des perches.
Parfois il se peut. Dieu merci, Qu'elles trébuchent.. . mais, moi qui veux vous apprendre,
A vous, comment il faut s'y prendre
Pour parler aux dames!... bon Dieu!
Là-bas, comme en France, à ce jeu,
Que de points vous pourriez me rendre! —
Or, seulement, conseillez-leur, Pour régner sans effort et plaire sans caprice
Pour être étoile, perle ou fleur, De copier beaucoup la jeune ambassadrice;
928 GEUVRES D'È&IiLE DESCHAMPS.
Gomme, pour exceller en science et grandeur, Vous marchez sur les pas de notre ambassadeur *.
Mais la voile déjà, comme un beau sein, se gonfle, Ou plutôt la chaudière, en fumant, bout et ronfle. Pleurons... prions... adieu! — Que le flot africain Soit pour vous sans orage ainsi que sans requin 1 Cher Théophile, adieu I mais veuillez nous promettre De songer, sous la ligne j aux amis plus qu^au mètre;
Puis, écrivez-nous de Pékin,
Et suivez de près votre lettre.