‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 150 sur 170 · SUR LA MORT D'UN CHAT · texte numérisé non relu

SUR LA MORT D'UN CHAT

Sous les bois d'Idalie, au faune impétueux, Nymphes, n'enlacez plus vos bras voluptueux!

Nais gémit; ses pleurs sollicitent vos larmes.

La pâleur, comme un voile, enveloppe ses charmes,

L^éclair ne jaillit plus de ses regards éteints.

Quel nuage a passé sur ses brillants destins?

Un amant, doux objet des plus tendres alarmes.

Hélas! est-il tombé sous le glaive de Mars?

Quatre guerriers en deuil, jusque dans nos remparts.

Ont-ils porté son corps sur ses puissantes armes?

Ou bien, en souriant à ses enfants joyeux.

Tout-à-coup, un vieux père a-t-il fermé ses yeux?

Non, tout rit à Naïs, et pourtant Nais pleure !

Son amant qu'à Bellone elle demandait tant.

Il vit, il est fidèle, et, d'espoir haletant.

Il tourmente sa couche, et soupire après l'heure

Où doit venir la vierge enchanter sa demeure.

Son père, heureux déjà du bonheur qu'elle attend,

La conseille, et d'avance orne son front pudique

De la blanche couronne et du voile éclatant;

Le banquet nuptial sous le vaste portique

S'apprête; l'encens fume aux autels... et pourtant

Naïs mêle ses pleurs aux larmes de l'aurore.

Et Naïs, pour le soir, trouve des pleurs encore.

Sous les bois d'Idalie, au faune impétueux.

Nymphes, n'enlacez plus vos bras voluptueux.

Loin du toit protecteur, d'un cri plaintif et tendre, En appelant Naïs, qui ne pouvait l'entendre, Et de froid et de faim le doux Mitis est mort! Beau Mitis, à quoi bon ton allure mutine.

Ton poil d'or et de soie, et ta grâce Enfantine? Naïs a tout perdu... jour affreux I cruel sort!

230 OEUVRES D'EMILE DESGHAMPS.

Tu n'égareras plus une patte folâtre

Sur sa bouche de rose ou sur son col d'albâtre.

On ne la verra plus, d'un sourire indulgent,

Applaudir à tes jeux, agacer tes folies,

Ou pétrir tes festins entre ses mains polies,

Ou t'offrir dans l'onyx la crème aux flots d'argent.

Elle essayait sur toi le doux métier des mères.

Pour un sort plus heureux, elle-même, un matin.

T'avait, dans ton berceau, choisi parmi tes frères,

Et tu te réveillas, couché dans le satin.

Au bruit de la cascade, aux soupirs des colombes!...

Et voilà que tu dors du lourd sommeil des tombes I

Sous les bois d'Idalie, au faune impétueux, Nymphes, n'enlacez plus vos bras voluptueux!

Après un jour d'ébats sous la verte feuillée.

Le soir, Mitis venait se joindre à la veillée.

Et, la nuit descendue, épiait le moment

Où, laissant s'écouler son dernier vêtement,

La vierge, aux rayons purs de la cire enflammée.

Dans son lit chaste et doux montait légèrement.

Et, furtif, la suivait dans la couche embaumée;

Et, dans ses bras d'ivoire, en des songes d'amour.

Attendait le réveil de Naïs et du jour!

Hélas! tant de bonheur dut éveiller l'envie!

Un inconnu, jaloux de cette belle vie.

Sut enlever Mitis à son charmant séjour.

11 courut l'égarer, au loin, dans la campagne,

Et s'enfuit, en riant de ses cris superflus.

Là, le triste exilé, tantôt à la montagne.

Tantôt à la forêt demandait sa compagne.

Trois jours, il la chercha, puis il ne chercha plus...

Et par un triste écho Naïs apprit la chose...

C'est pourquoi sur sa joue, hélas! pâlit la rose.

Sous les bois d'Idalie, au faune impétueux, Nymphes, n'enlacez plus vos bras voluptueux !

Page 1