OLIVIER
La France attend sa dernière heure, La mort sur sa gloire a passé :
Seul, Olivier vers sa demeure.
Le soir, revient triste et blessé.
Cachant son armure éclatante Et ses larmes sous son manteau.
Pour la nuit il dresse sa tente Tout près des murs de son château :
«r Oserai-je suspendre encore Ma bannière à la vieille tour?
Oserai-je aux lèvres d'Isaure Ravir le baiser de retour?
Que répondrai-je à mon vieux père.
Qui viendra dans mes bras tremblants Chercher le laurier qu'il espère.
Pour rajeunir ses cheveux blancs?
a Et pourtant parmi les alarmes Tai combattu trois jours entiers ; Et pourtant sous mes jeunes armes Se sont courbés de vieux guerriers...
Aux caprices de la victoire 11 faut accoutumer son cœur; Les destins changent, et la gloire N'est pas toujours pour le ifainqueur.
« Mais quoi! d'un belliqueux murmure
Mon coursier fidèle a frémi,
Et mon cœur bat sous mon armure
Comme s'il chargeait l'ennemi I
La fortune, un moment légère,
Nous ramènera les succès;
K jamais la palme étrangère
N'a grandi sur le sol français. »
AUX DEUX SGHEFFER
Du monde des esprits reproducteur fidèle, Ary, de la peinture ô poète épuré, Par toi l'âme est visible et rayonne autour d'Elle, Mais dans un cercle humain, à nos sens mesuré.
Henry, sous ton pinceau quand tu tiens le modèle, D'une image parlante on peut être assuré ; Ta main saisit le galbe exact, puis, d'un coup d'aile. Tu lances au soleil l'œuvre transfiguré.
Ce sont mêmes effets de procédés contraires.
Et le suffrage hésite et ne sait des deux frères Qui d'ici-bas s'élève, ou qui descend du ciel.
Des deux pôles partis, ces rivaux se rencontrent A l'équateur de l'art, d'où leurs toiles nous montrent Le Réel idéal, et l'Idéal réel I
246 ÛEUVRËS D*ëMILË DESGHAMPS.