‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 19 sur 170 · LA PREMIERE EGLOGUE DE VIRGILE · texte numérisé non relu

LA PREMIERE EGLOGUE DE VIRGILE

MÉLIQÉE

Tityre, au pied d'un hêtre en un tiède repos. Tu dis d'agrestes airs, sur tes doubles pipeaux ; Nous, hélas! nous quittons la campagne, chérie ; Nous, bergers de l'exil, nous fuyons la patrie. Toi, Tityre, indolent sous l'ombre, tu remplis Les sonores forêts du nom d'Amaryllis.

TITYRE

Mélibée, un dieu, — je dois ainsi le croire, — M'a fait ces doux loisirs. Sur l'autel, à sa gloire. Le sang d'un tendre agneau coulera bien des fois. C'est lui qui laisse errer mes bœufs, comme tu vois. Et s'enfler mes pipeaux sous ma lèvre ravie.

Me préserve le ciel que je te porte envie !

J'admire seulement tant de biens rassemblés Quand nos champs sont au loin profondément troublés. Tout languissant, voilâmes chèvres que je traîne; ' Regarde celle-ci qui peut nous suivre à peine; Là, sur le rocher nu, plaintive, elle a laissé Deux jumeaux, frêle espoir du troupeau dispersé. — Souvent, — si j'avais eu ma raison 1 — le tonnerre. En mutilant le front d'un chêne centenaire, Présagea nos malheurs ; d'un orme creux, souvent La corneille a jeté son cri de gauche au vent... Mais, cependant, dis-moi quel est ce dieu, Tityre?

TITYRE

La ville qu'on dit Rome, — ô stupide délire ! — Je la croyais semblable à l'obscure cité Où, pasteurs, nous portons, durant les mois d'été. Les tendres nourrissons de nos brebis fécondes; Ainsi je comparais la source aux mers profondes ; Les petits chiens naissants au dogue, et j'égalais D'humbles objets aux grands et le chaume aux palais. Rome entre les cités lève sa tête altière, Autant que le cyprès surpasse la bruyère !

MÉLIBÉE

Quel désir devoir Rome avais-tu donc ainsi?

TITYRE

La Liberté, qui vint, dans mon ciel éclairci, Tardive, ranimer ma force languissante.

Quand sous le fer tombait ma barbe blanchissante, Après qu'Amaryllis eut chassé de mon cœur Galathée; oui, tandis qu'enchaînant ma vigueur, Galathée y régna, je n'avais, par Hercule!

Espoir de liberté ni souci du pécule.

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