‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 25 sur 170 · LA PAIX CONQUISE · texte numérisé non relu

LA PAIX CONQUISE

Car l'empereur l'a dit : Toi, tes fils, vous mourrez. Son épée atteindra ta rame vagabonde,

Et ta chute profonde Réjouira longtemps les peuples délivrés.

L'Europe avec la France a proscrit l'insulaire ; • Dieu livrera demain au vent de sa colère L'édifice croulant de tes prospérités.

Tu ne vomiras plus sur nos riantes grèves

Les feux de tes congrèves, Tes matelots tremblants et tes dons empestés.

Tu peux encor, troublant les ondes subjuguées. Promener sur les mers tes flottes fatiguées; Le trident fabuleux en tes mains resplendit ; Et cependant, fixée aux bords de la Tamise,

Sur des trésors assise, La Faim, spectre hideux, chaque jour, s'agrandit.

Parmi d'impurs brouillards, aux noirs pensers en proie, Le peuple de tes champs, sans soleil et sans joie, Recueille un grain avare et de lourdes boissons ; Cesse de comparer ton île ténébreuse

A notre France heureuse, Terre de la vendange et des blondes moissons.

La France avec ses bois, ses plaines embaumées, Sa gloire, son beau ciel, ses palais, ses armées. Comme un astre éclatant domine l'univers.

Et l'Angleterre, triste et le front chargé d'ombre.

Comme une tache sombre.

Importune et noircit l'azur brillant des mers.

Français, montrons-nous fiers du sort et de nous-mêmes. Nos armes font les rois, et sur leurs diadèmes Réfléchissent l'éclat d'un règne triomphant; De ses héros éteints le Tibre se console.

Et le vieux Capitole Attache sa fortune au sceptre d'un enfant.

Mais quel deuil obscurcit les palmes de la gloire? Quelle plainte se mêle aux chants de la victoire ?

Ainsi qu'une onde amère aux nectars les plus doux, De cent climats divers un même cri s'élève!

Devant le roi du glaive, Peuples, pourquoi ces cris, et que demandez-vous?...

Us demandent la Paix I — car, c'est assez de veuves ; C'est assez d'orphelins! et déjà tous les fleuves Se lassent de rouler du sang dans tous leurs flots. Ils demandent la Paix! Qu'est-elle devenue?

Quelle rive inconnue De ses jeux à nos bords dérobe les tableaux?

r>lle est dans Albion... sous leurs mains criminelles, L'avarice et l'orgueil, farouches sentinelles Gardent la douce vierge, amour des nations !. Elle est dans Albion, la belle fugitive I

Elle y gémit captive ; Ses yeux, noyés de pleurs, cherchent nos pavillons.

Or un signe suprême a réveillé les Braves, Les Braves sont debout ; les mers, longtemps esclaves Se bercent librement sous nos vaisseaux sacrés. * En vain l'Anglais, avec mille hourras sauvages,

A couvert ses rivages...

L'Aigle enseigne la fuite aux vautours effarés.

A ses heureux sauveurs la vierge s'abandonne; Notre appareil guerrier la rassure... et l'étonné. La Paix sous des drapeaux brille plus belle encor. Le soldat empressé la contemple. — Il admire

Et son chaste sourire.

Et sa coupe joyeuse et sa ceinture d'or.

La victoire a chanté l'hymne retentissante.

Mais les doux souvenirs de la famille absente Sur le char triomphal poursuivent le guerrier. Son cœur rêve déjà la grotte solitaire,

Le chaume héréditaire, Et les longs entretiens, délices du foyer! ^

La France nous revoit. — Ainsi qu'aux jours antiques, Déjà nous suspendons à nos pieux portiques

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