LE MATIN D'UN BAL
Çà, Monsieur le coiffeur, vos deux mains sont requises
A cinq heures, là-bas, au quartier des marquises;
Courez vite, ou le diable à votre seuil, je crois.
Accrochera vos fers et vos peignes en croix!
Courez vite, et cherchez dans toute votre tête
Quelque rare coiffure, à surprendre une fête;
Mais coiffure légère et jeune, car, ce soir,
Il s'agit de danser et non pas de s'asseoir
Sur le rouge velours de ces mornes banquettes
Où gisent les débris des anciennes coquettes.
Donc, point de hauts turbans aux aigrettes en pleurs,
Point d'or, point de rubis... des fleurs et puis des fleurs
Quelque rose mêlée à ses cheveux d'ébène
Noués en rond selon la coutume thébaine ;
Ou quelque plume encor, blanc panache du bal.
Enseigne de danger, comme un cimier royal !
Que si, par un oubli funeste à la toilette, Constantin envoya sa corbeille incomplète.
Oh ! les fleurs pour cela ne nous manqueront pas ! La danseuse est Déesse, il en naît sous ses p^^ ; Regardez; vous n'avez que l'embarras du nombre. Quelque souci jaunâtre y répand-il son ombre? Foulez cet étranger du pied avec dédain.
Ou renvoyez-le-moi... j'en ai tout un jardin!
Mais qu'importe? Pourvu qu'elle soit belle et gaie, Qu'elle ait de doux propos l'oreille fatiguée, Qu'elle jette en tournant son charme à vingt miroirs, Et se fasse un bonheur de tous nos désespoirs; Pourvu qu'après le bal, quand, de retour chez elle. Madame ira trouver son lit de demoiselle, Elle dise, en rouvrant mes vers à peine lus : « C'est lui que j'oubliais et qui m'aime le plus! »