‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 29 sur 170 · DEUX FRAGMENTS D'APRÈS LES MARTYRS · texte numérisé non relu

DEUX FRAGMENTS D'APRÈS LES MARTYRS

(chateaubriand)

C'était une des nuits dont l'ombre transparente De la Grèce ose à peine effacer le beau ciel ; L'air était aussi doux que le lait et le miel.

72 OECVRES D'EMILE DESGHAMPS.

Et Ton sentait à vivre une joie infinie.

Les sonnets de l'Athos, la mer de Messénie, Colonide, Acritas, tous ces caps enchantés Brillaient, à l'horizon, des plus tendres clartés. Une flotte ionienne, aux lueurs des étoiles.

Entrait dans Goronée, en abaissant ses voiles. Comme, au tomber du jour, un essaim passager De colombes, voguant vers un ciel étranger, Pour dérober son vol aux ombres infidèles, Sur un rivage ami ploie en jouant ses ailes.

Alcyon dans son nid gémissait doucement, Et la brise des nuits, de moment en moment.

Fraîche et molle, apportait jusqu'à Cymodocée Les parfums des lauriers, la plainte cadencée De Philomèle en pleurs sous les tilleuls mouvants. Et la voix de Neptune au loin battu des vents. Le berger contemplait, assis dans la vallée, La lune suspendue à la voûte étoilée.

Des astres au front d'or, guidant le chaste chœur. Et se réjouissait dans le fond de son cœur.

Quoil la fortune a fui, vous êtes malheureux. Et vous parlez d'amis, et vous comptez sur eux! Yous ne savez donc rien du monde? —

Un Moabite Descend vers Jéricho des rochers qu'il habite. C'était au printemps: l'air était frais, épuré; Le Moabite alors n'était point altéré; Il trouve à chaque pas des ruisseaux pleins d'eaux claires; Il revient dans ses monts aux jours caniculaires ; La soif, des feux du ciel sur la terre épanchés, Brûle le Moabite; il cherche quelque goutte De cette eau qui naguère abondait sur sa route... Tous les torrents sont desséchés!

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