MARINE
Sombre Océan, du haut de tes falaises.
Que j'aime à voir les barques du pêcheur.
Ou, de tes vents, sous Tombre des mélèzes,
A respirer la lointaine fraîcheur!
Je veux, ce soir, visitant tes rivages,
Y promener mes songes les plus chers.
Encore ému de ses premiers ravages.
Mon cœur fiévreux s'apaise au bruit des mers...
Sombre Océan, pousse tes cris sauvages,
J'aime à rêver près de tes flots amers !
Sombre Océan, j'épuiserais ma vie A voir s'enfler tes vagues en fureur ; Mon corps frissonne... et mon âme est ravie; Tu sais donner un charme à la terreur.
Depuis le jour où cette mer profonde M'apparut noire, aux lueurs des éclairs.
Nos lacs si bleus, la langueur de leur onde N'inspirent plus mes amours ni mes vers...
Sombre Océan , vaste moitié du monde.
J'aime à chanter près de tes flots amers.
Sombre Océan, parfois ton front s'égaie,
Épanoui sous l'astre de Vénus,
Et mollement ta forte voix bégaie
Des mots sacrés, à la terre inconnus. —
Et puis ton flux s'élance, roule et saute,
Gomme un galop de coursiers aux crins verts.
Et se retire en déchirant la côte
D'un bruit semblable au rire des enfers...
Sombre Océan, superbe et terrible hôte.
J'aime à frémir près de tes flots amers!
Sombre Océan, soit quand tes eaux bondissent, Soit quand tu dors, comme un champ moissonné, I. 5
74 OEUVRES D*ÉMILE DESGHAMPS.
De ta grandeur nos pensers s'agrandissent, L'Infini parle à notre esprit borné. — Qui, devant toi, quel athée en démence Nîrait tout haut le Dieu de l'univers?
Oui, l'Éternel s'explique par l'Immense; Dans ton miroir j'ai vu les cieux ouverts...
Sombre Océan, par qui ma foi commence, J'aime à prier près de tes flots amers!