‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 48 sur 170 · DÉLIRE · texte numérisé non relu

DÉLIRE

Je Taime pour le doux satin Et l'ivoire de son épaule, Où ses cheveux bruns, le matin, Roulent comme les pleurs du saule.

Je l'aime pour sa jeune voix.

Et pour son haleine, plus fraîche Que n'est le duvet de la pêche.

Le souffle printanier des bois.

Je l'aime pour ses pieds de biche, Pour ses bras dorés, éclatants.

Oui feraient un collier plus riche Que tous les colliers des sultans; Pour son corps de Circassienne, Pour ses yeux, saphirs du sérail, Et pour sa bouche de corail Qui me disait : non... sur la mienne !

Et pour son délicat profil; Pour son front, beau lys qui se penche; Pour sa joue, une fleur d'avril.

Rougissant sur la neige blanche ; Pour sa narine , qui soudain, Gomme une aile encor retenue.

S'enfle d'amour ou de dédain, Au gré d'une brise inconnue...

Loin de lui, si mes deux genoux Pressent jamais les tiens, chère ange, « Ah I te dirai-je, trompons-nous !

La vie est un mystère étrange !

On subit plus d'un joug vainqueur; Qui sait où l'amour nous emporte!...

Ton baiser, ton baiser! — qu'importe S'il n'entraîne pas tout ton cœur! »

106 GËUVRES D'EMILE DESCHAMPS.

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