AU TOMBEAU DE PICHAT
Ils avaient déposé dans la terre muette
Ce corps que dévora son âme de poète ;
Mais nous tous, ses amis, nous revînmes le soir.
Près dç ses restes froids, saintement nous asseoir ;
Et nous jetions des vers à son ombre ravie,
Comme au tombeau des rois, pour saluer leurs noms.
Gémit, en longs échos, la douleur des canons.
Quand soudain (c'était bien sa voix pendant la vie)
Parvint à nous ce chant, tel que nous le donnons :
« songes, confidents de TÉternel mystère.
Songes, doux messagers des astres à la terre. Apprenez à cette ange, hélas! manquant au ciel. Qu'au sein des purs esprits et du bonheur réel. Triste, je cherche encor ses fleurs, ses eaux limpides. Et le bruit de son rire et le bruit de ses pas, Et de son front voilé les modestes appas; Et que des beaux instants, près d'elle si rapides, Mon immortalité ne me console pas. » • <
Et tous, levés ensemble, attentifs au prodige. Nous nous taisions. — Enfin : « mes amis, leur dis-je. Vous voyez bien (et certe, on ne peut démentir Cette voix que la tombe en s'ouvrant fait sortir). Quand on croit le poète occupé d'un vain faste,
Qu'on ne lui croit un cœur, des pensers et des yeux Que pour son nom, il traîne un mal silencieux. Et, trop jeune, s'éteint, brûlé d'un amour chaste, Qui survit à la mort et souffre dans les deux! »
GHENONCEAUX
Sainte et magnifique demeure,
Vouée au culte du passé,
De tout ce qu'autre part on pleure,
Chez vous rien ne s'est effacé.
Le temps, qui ravage et moissonne.
Semble endormi soùs vos grands bois ;
Votre horloge aujourd'hui nous sonne
L'heure qu'il était autrefois I —
Et ce lieu, par un charme étrange.
Est ancien et non pas vieilli ;
Et jamais rien de beau n'y change.
Pas même pour être embelli.
Telle, en ces contes que l'on aime,
La princesse aux palais flottants
Se réveillait jeune et la même
Après un sommeil de cent ans.
Ah ! du feu céleste échauffée,
L'humaine volonté peut tout;
Le sceptre des arts et du goût
Vaut la baguette d'une fée.
C'est pourquoi Chenonceaux toujours
S'ouvre comme un magique livre,
Dont chaque page fait revivre
Le doux fantôme des vieux jours.
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