DERNIÈRE OFFRANDE
D'un fol amour gage timide.
Que la complaisante amitié Accepte aujourd'hui par pitié Tresse brune, de pleurs humide.
A son oreille, ô mes cheveux.
Vous serez placés pour entendre Ou prière ou reproche tendre.
Bien des serments, bien des aveux;
Ah I qu'elle trouve un cœur sincère!
L'amour qui change est si cuisant!
Et son bonheur m'est nécessaire...
Je n'en ai pas d'autre à présent.
Si j'ai voulu de sa jeune âme Posséder les amours constants.
C'était pour qu'elle fût la femme La plus heureuse de son temps.
Eh bien! privé d'elle, auprès d'elle, Déchu du rêve de mes jours.
Qu'elle soit heureuse toujours; Je la croirai toujours fidèle!
Mais, s'il se pouvait que d'un fat, Chantant l'amour pour qu'on l'adule.
L'hommage insolent triomphât De ce cœur perfide... et crédule,
mes cheveux, vous serez là ; Sonnez l'alarme à son oreille ; Criez : au trompeur I — sauvez-la D'une vie à mon sort pareille.
Car je mourrais de son regret.
De mon front brûlant, mon ivresse N'a détaché que cette tresse. — Mon désespoir achèverait
Quand le vent d'Afrique profane Le frais empire du printemps.
Tout à coup pâlit et se fane La rose aux boutons éclatants;
Et, sous le même vent flétrie, La couronne du peuplier Tombe autour de la fleur chérie Qu'il aimait tant à voir briller.
Et vous, mes vers, les seuls sans doute Que je puisse encor soupirer.
L'ingrate en son cœur vous redoute.
Et les feux vont vous dévorer. —
Mourez aussi dans sa mémoire.
Et jamais, jamais, croyez-m'en, Ne lui racontez mon histoire.
De peur d'attrister son roman !