‹ Œuvres Completes de Emile Deschamps (volume 2)Chapitre 57 sur 170 · FRAGMENT DES LUSIADES · texte numérisé non relu

FRAGMENT DES LUSIADES

( Poésie portugaise, ^-camobns)

( Dans le VU* chant, Vasco de Gama commence à expliquer aux chers indiens les combats représentés sur les bannières portugaises... Tout à coup Camofins interrompt ce récit pour faire un retour sur lui-môme... )

Des exploits qu'aux regards raconte la peinture L'Indien dévorait la vivante imposture- Mais, que fais-je, insensé? ma voix meurt sans écho... Muses du Tage, ô vous, nymphes du Mondégo, Oserais-je, sans vous, de ces faits mémorables Tenter ces grands récits? — Soyez-moi secourables; Mon esquif est livré, sur une mer sans fond^ A la guerre que l'onde et tous les vents me font : Sauvez-le, sauvez-moi, Muses, de leur furie I

Vous le savez, mes chants voués à la patrie N'ont conjuré jamais orages ni périls :

De malheurs en malheurs et d'exils eh exils, Par le souflQe du sort poussé comme une paille, Et toujours sur les flots ou les champs de bataille, Je lutte, je combats... et j'écris cependant! J'écris encor, semblable en mon délire ardent A la fille d'Éole, expirante, qui lève Le style d'une main, et de l'autre le glaive! Tantôt, ayant pour sœurs l'indigence et la faim. Sans amis que mes vers, sans autre asile enfin Que la triste demeure ouverte, dans la ville. Par la pitié publique à là misère vile!

Si Tespérance encor reparaît datis ma nuit.

C'est la fleur qui se fane, ou l'étoile qui fuit; L*abîme, qui s'était fermé comme une plaie.

Se rouvre plus profond sous mon pied qui s'eflfraie. Tantôt, couché, lugubre ainsi qu'Ézéchias, Sur un lit de douleur, je n'attends plus, hélas! Qu'un bras pour me jeter au dernier habitacle, Et, comme lui, j'échappe à la mort, par miracle.

Pour comble d'injustice et de calamités,

Je dois mon infortune à ceux que j'ai chantés;

Elle est le prix des vers qui parent leur histoire. —

Au lieu du saint repos qu'espère la victoire.

Au lieu de ces lauriers qu'a mérités mon front,

Je n'ai donc récolté que torture etqu'aflTront,

Et le sauvage oubli de ces ingrats superbes I...

Nymphes, qui sous vos jeux foulez les molles herbes.

Muses du Tage, eh bien! soyez mon seul trésor!

Soutenez du regard mon homérique essor;

Ne m'abandonnez pas à mon aile incertaine

Lorsque je vais chanter la gloire lusitaine!

Vous ne me verrez point, couronné de vos mains.

Prostituer vos dons à d'indignes humains;

Je le jure par vous ; et, si jamais mon àme

Se traînait bassement dans un parjure infâme,

Puissent mes oppresseurs, de ma honte surpris,

A leur ingratitude ajouter leurs mépris !...

Voilà donc, juste *cîel ! le destin qu'au génie Réservent les enfants de la Lusitanie!

Aussi, les malheureux! leur idole est Plutusl Contempteurs du poète, ils rampent sans vertus! Plutus! &ieu de l'or, dieu de sang et de boue! Seule idole qui règne et que le siècle avoue, L'opulent et le pauvre, avec même ferveur, Luttant d'avidité, harcèlent ta faveur.

Le crime entre aussitôt dans Tâme qui t'adore. C'est pour avoir les biens du riche Polydore

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