DEVANT SON TÎ^BLEAU DE L*AVEU
( Poésie italienne. ~ r b o a l d i )
Glaudius, ton pinceau, trempé des saints mystères, Emporte notre esprit dans les vieux monastères. Et lui montre infamie, amour et piété ! — Fulgence est assis là sur une informe pierre; La Bible, le cilice offrent à sa prière La paix du ciel, trésor loin du monde abrité.
De fleurs environnée, une croix suspendue S'appuie au mur, qui seul entend la voix perdue De l'austère vieillard, au siècle déjà mort. — Un frère du couvent s'approche plein de crainte, La colère de Dieu sur ses traits est empreinte !... Il a sans doute au cœur un horrible remord I
Pâle et sans pouvoir dire un mot, il se prosterne;
Il attache au pavé son œil sanglant et terne ;
Ses ongles convulsifs mordent ses bras croisés.
A la fin, suffoquant et parlant tout ensemble :
« Mon père. Dieu me pousse à vos pieds, où je tremble!
Écoutez!... pour m'absoudre, après, si vous l'osez!
« Elle priait, pleurait, à l'autel de la Vierge, Lorsque je l'aperçus aux doux rayons d'un cierge. Cette ange de beauté qui fascina mes sens.
J'avançai... vers les deux elle élevait son âme, Pour fuir une pensée, une image de flamme Qui la suivait partout de ses charmes absents.
A CLAUDIOS JACQ13AND. 135
« Un jour, que le soleil commeDçait à décroître, Elle invoqua, plus forte, un ministre du cloître. Pour se régénérer dans le pardon chrétien.
Confesseur, je reçus les aveux de la femme, Je connus son péché ; puis, sacrilège infâme. Maître de son secret, je lui parlai du mien.
« Elle, que Dieu touchait d'une ferveur si vraie, Qui de son pauvre cœur m'avait ouvert la plaie. Tomba froide à mes pieds... et presque à moi déjà... Et je la possédai!... d'une extase fatale Dans mon être courut l'étincelle infernale ; Le misérable Frère en démon se changea...
« Ahl Fulgencel attendez : je n'ai pas dit encore La moitié du supplice affreux qui me dévore ; Vous n'êtes pas encore assez épouvanté I — Malheur!... je la revis dans ma chambre isolée, Mon esclave y venant honteuse et désolée, Et funeste toujours par sa grande beauté !
«Ah! Dieu I... je devins père!... et de crimes en crimes, Pour cacher le premier j'immolai deux victimes I Quelle nuit je passai d'angoisse et de fureur ! J'enfouis de mes mains le meurtre sous la terre; Mais les remords sont là qui ne peuvent se taire. Et qui de cette nuit éternisent l'horreur !
« Toujours l'enfant... la mère... ils obsèdent sans trêves
Ma prière à l'autel, et, dans le lit, mes rêves!
Mon secret orageux déborde de mon cœur!
La cellule, l'autel, ma parole confuse,
La voix du ciel, la voix des morts, ahl tout m'accuse!
Pitié!... je me repens devant le Dieu vainqueur!
Grâce!...»
Mais Claudius, à quoi servent ces rimes?
Tu fais dire au pinceau des histoires sublimes. Des histoires de pleurs, que tous répéteront. —
136 OEUVRES D*ÉMILË DESCHÂMPS.
De son trône descend la blanche poésie ;
Elle admire longtemps ta palette choisie,
Et du laurier delphîque elle entoure ton front!