SCÈNE II
RPADONI, puis DBS marchandes de parures.
SPADONI, entrant.
S ignora!
Voyant qu'elle n'est pas là.
Personne !
Il montre la porte du cabinet.
Ah!
Il va frapper en appelant.
Signorine!...
A part.
On s'enferme!
280 OEUVRES D*ÉMILE DESGHAMPS.
Le maître à son retour verrait-il ses rigueurs ?...
Au palais Pesaro les rigueurs ont leur terme,
Et voilà, par Saint-Marc! des arguments vainqueurs.
A la cantonade.
Apportez ces présents qui désarment les cœurs.
Entrent des marchandes de parures portant des étoffes et des joyaux de toutes sortes*
AiVy avec chœurs.
LES MARCHANDES
C'est nous qui vendons aux dames Leurs plus élégants atours ; Pour se faire aimer des femmes, A nous les grands ont recours.
Les sénateurs de Venise Au Rialto vont nous voir; Par nous, bourgeoise et marquise Savent doubler leur pouvoir.
SPADONI, courtisant les marchandes.
Quels doux accents, et que vos yeux sont doux !
Ah ! sur ma foi je suis épris de vous !
Voyons, voyons, vos plus riches bijoux ;
Rien n'est trop beau, rien n'est trop cher pour nous,
LE GHC^UR, accompagnant.
Oui, devant son miroir.
Nous charmons mainte belle ; Pour flatter son espoir.
Maint amant nous appelle.
SPADONI
En ce lieu de plaisance.
Tout, devant ma puissance.
Aujourd'hui va céder; Le Duc en son absence Me laisse commander.
De Monseigneur, tendres beautés.
Sachez par moi, sachez les volontés;
STRADliLLA. 281
Qu'aux talismans que vous portez D'un cœur rebelle il doive les bontés !
ENSEMBLE
LES MARCHANDES
Voyez ces fleurs, voyez ces gazes, > v
Kt ces colliers dignes des rois ;
Brocarts, damas, rubis, topazes,
On n'a que l'embarras du choix ;
Velours brodés, riches dentelles,
Robes d'argent, écharpes d'or...
Masques galants, modes nouvelles,
Et que Paris n'a pas encorl
SPADONI, à part.
Autour de moi comme on s'empresse!
Du maître servons les projets; Mais agissons avec adresse.
Il faut gagner sur ces objets.
Aux marchandes.
C'est admirable, par ma foi !
Voyons ces fleurs, ces blanches gazes.
Et ces joyaux dignes d'un roi.
Les marchandes le harcèlent el le tirent de tous côtés.
Riches colliers, belles topazes...
Mais quel vacarme ! ah l laissez-moi !
Sur le devant de la scène.
Que de plaisirs, de profits et d'honneur.
Pour le valet favori d'un seigneur 1 Il est heureux comme un vrai sénateur, Pourvu qu'il ait certain air séducteur.
Venez à lui sans façon et sans peur, Jeunes beautés, il n'est point un trompeur,
LE CHŒUR
Entendez-nous, jetez les yeux, Sur ces objets si merveilleux.
282 OKUVRES D'EMILE DESCHAMPS.
SPADONI
Ah ! quel tapage, en vérité I Ne puis-je donc être écouté?
Sur le devant de la scène.
Que de plaisirs, etc.
LES MARCHANDES
Allons, seigneur, n'épargnez rien l Choississez tout et payez bien l
SPADONI , donnant de l'argent aux marchandes.
Voilà pour vous, mais du palais Partez, partez, et sans délais.
ENSEMBLE
LES MARCHANDES
Enfin, c'est ainsi que vous êtes, Mesdames, dans tous les pays ; Les cadeaux font tourner vos têtes, Quand vos cœurs ne sont pas séduits.
Elles comptent l'argent que Spadoni leur a donné.
Mais quoi ! voilà notre partage I Vraiment c'est trop peu de sequins!
Il en comptera davantage...
Ah ! ces valets sont des coquins l
SPADONI, à part.
Enfin c'est ainsi que vous êtes, Mesdames dans tous les pays; Les cadeaux font tourner vos têtes. Quand vos cœurs ne sont pas séduits...
Aux marchandes.
Eh bien ! voilà votre partage ; A vous ces bourses de sequins;^ Vous en faudrait-il davantage?
Ah ! ces marchands sont des coquins !
Spadoni renvoie les marchandes, qui ont déposé leum étoffes et sortent à droite du fond.