‹ Œuvres Completes De Emile DeschampsChapitre 167 sur 167 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

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Seul crime sans pardon puisquHl est sans remord!

Ce vers n'est pas dans l'anglais. Shakspeare n'a pas même indiqué cette réflexion sur le suicide. Elle m'est venue par une de ces exigences de notre versification dont j'ai dit quelques mots dans la préface.

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Prends cette liste et cours inviter de ce pas Mes hôtes pour jeudi,..

Voici encore une de ces charmantes scènes d'intérieur qui avaient été passées dans notre traduction pour le théâtre.

grande originalité. Shakspeare y montre toutes ses profondes connaissances du cœur humain et cet esprit d'observation phi- ^sophique qui égalait chez lui Tédat de Timagination.

Que vois'jê? — Elle respire, elle s*agite?.».

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Voilà ce qui constitue le dénoûment que Garrick a substitué à celui de Shakspeare, et que tous les théâtres ont adopté a?ec raison. Dans la tragédie primitive de Shakspeare, Roméo arrive dans les tombeaux, contemple Juliette qu'il croit morte, avale le poison et meurt. Juliette ne se réveille qu'après. — Elle voit le cadavre de son époux étendu près d'elle ; et, sans pouvoir rien s'expliquer, elle se tue. Cela est d'une tristesse effrayante, d'un tragique morne, plus profond, plus désolant que les scènes substituées par Garrick ; mais il faut convenir que le dénoûment, tel que ce grand tragédien l'a combiné, est plus saisissant, plus pathétique, plus scénique, par les alternatives d'extase et de désespoir qu'il renferme. Il est surtout-plus favorable au jeu et à la pantomime des acteurs, et cette seule considération devait le faire préférer. Aucune autre tragédie ne se termine par une catastrophe où la terreur et la pitié soient portées à un si haut degré.

C'est à un tel point que la langue parlée est en quelque sorte insuffisante dans une pareille situation, dont la musique, ce langage des passions et de la douleur, s'est emparée victorieusement dans le drame lyrique.

Là, messeigneurs !,., Pagb 197.

Après la mort de Juliette et de Roméo, Shakspeare ramène leurs parents, le prince et tous les personnages encore vivants, suivis d'une foule de citoyens de Vérone; et la réconciliation des familles ennemies est jurée sur les cadavres des deux amants, entre les mains du père Laurence, qui parle au nom du Dieu de paix dont il est le ministre.

Cette dernière scène est la haute moralité de l'œuvre. Elle était supprimée dans la traduction pour le théâtre ; on ne l'eût peut-être pas écoutée. Je la rétablis ici comme un complément

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aussS beau que nécessaire; seulement Je Tai abrégée autant quMl a été possible sans détruire la clarté, parce que, même pour la lecture, elle est trop développé dans Shakspeare.

Sous Charles II, le célèbre Otway transporta la catastrophe de Roméo et Juliette dans sa tragédie de Caius Marcus, mais sans effet et sans succès. La même situation, les mêmes beautés poétiques n*ontpas la même valeur quand on les déplace : semblables à ces plantes délicates qui ne fleurissent que sur le sol natal.

GORDÉLIA

{Note de VÉditeur.)

On reconnaît dans cette poétique fantaisie l'inspiration shakspearienne. On y retrouve quelques-uns des personnages du Roi Lear. L'action est différente, la mise en scène est légèrement modifiée, le dénoûment est tout autre. — > Ce n*est, à vrai dire, qu'une variation très-librement brodée sur Tépisode final du drame.

{Note de l'Editeur.)

Nous avons retrouvé dans les papiers de M, Emile Deschamps la lettre suivante qui lui a été écrite à Voccasion de la première représentation de Stradella, le 5 décembre i837, par quelques jeunes gens enthousiasmés de Vœuvre et du poète. Cette lettre, malgré sa forme un peu naïve, nous parait offrir «n double intérêt : elle donne en effet la mesure du stuicès dramoHque obtenu par Vauteur, en même temps qu'elle nous montre ce que pouvait être à cette date le sentiment littéraire d'une partie de la jeunesse française.

Vendredi, à minuit, en sortant de l'Opéra.

« Monsieur,

« Nous sortons émerveillés de S^radel^a^émenreillésda poCme, de la musique, des décorations et de la mise en scène, et pardessus tout d*un succès sans aucun charlatanisme de Joamaoz et de cabales. Permettez, monsieur, à une vingtaine de Jeunes gens qui aiment de cœur Tart et la poésie de saisir cette belle occasion de vous témoigner leur vive sympathie et leur franche admiration pour votre talent et votre caractère qui sont restés si purs, au milieu de la décadence des mœurs et du goût. Personne n'a plus de nouveauté, d'originalité et d'impréva qu'Emile Deschamps; et cependant que de convenance, de charme et d'intérêt dans toutes ses productions! Prose, poésie, esprit, inspiration, vous avez tout... Et Jamais vous ne vous êtes mis sur le chemin de qui que ce soit, si ce n'est pour donner la main aux plus jeunes, et soutenir leurs pas dans la carrière où . vous triomphez si souvent; car, monsieur, après douze ans de

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lattes et de travaux, le caractère d*an poète est connu comme son génie, et le vôtre ne s*est jamais démenti. Tous les arts voua sont redevables de conseils éclairés, ou de nobles inspirations; et quant à la musique, le seul art des anges dans le ciel, comme vous Tavez si bien dit, vous seul êtes capable de resserrer les nœuds de son antique et belle alliance avec la poésie.

Mais vous avez un tort, monsieur, et nous vous le disons hautement, ce tort n*est pas la modestie si vraie, si naïve qu*on aime en vous, c'est la défiance qu'elle parait vous donner de vos propres forces et de votre puissance sur Tesprit du public, et sur les jeunes imaginations. Nous nous disons en ce moment, au souper qui nous réunit, que si vous le vouliez d'une volonté ferme, vous seriez en peu de temps le régénérateur et le roi du théâtre français comme vous Têtes de l'opéra. L'instant serait bien choisi ; le vieux genre est usé, et le nouveau davantage encore par les excès qui l'ont vieilli avant l'âge. Vous seul, monsieur, et nous vous le disons en conscience, vous seul pourriez ramener les beaux jours de la tragédie, parce que vous avez un talent conciliant, si l'on peut s'exprimer de la sorte. Vous faites tout ce que vous voulez, et vous savez vous arrêter avec un tact exquis là où finit le nouveau, et où commencerait le bizarre. D'autres poètes ont peut-être certaines parties de talent plus imposantes; aucun ne possède comme vous cet ensemble précieux de toutes les conditions qui font la perfection d'une œuvre, et l'enchantement des connaisseurs. Essayez donc, monsieur, et soyez sûr d'un immense appui dans toute la jeunesse restée sage et dans tous les esprits vraiment lettrés. Soyez-en d'autant plus sûr que vous n'avez jamais cherché aucun suffrage par aucune brigue, ni fait servir votre talent à aucune spéculation ou ambition personnelle, ni flatté aucun pouvoir; et que vous avez toujours été prêta seconder tout le monde, et môme à donner votre secret aux débutants ; mais vous le pouvez sans crainte; il y aura quelque chose qu'Emile Deschamps de donnera pas : c'est son organisation si facilement heureuse, et cette variété de pensée, de style et de couleur qui fait de son imagination un prisme magique. Ainsi, monsieur, en sortant de l'Opéra, laissez-nous croire que nous vous retrouverons bientôt au Théâtre-Français pour nous débarrasser du drame bourgeois ou frénétique, qui a parfois de l'intérêt, mais qui n'est pas de l'art, et qui serait mieux placé à l'Ambigu. Quel bonheur de revoir la poésie idéale et si naturelle à la fois venir avec vous reprendre possession de son trône usurpé ! Du courage donc ! Il vous suffit d'oser. Maintenant, monsieur, vous vous demanderez, peut-être, quels sont les gens qui vous parlent ainsi... A quoi servirait de signer quelques

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noms obscurs? Nous pouvons au contraire tous dire sons le voile de Tanonyme des choses dont votre modestie souffrirait, si nous vous abordions à visage découverL Et puis, si quelqu'un de nous essaye un jour de se faire un nom, vous saurez bien le trouver, pour Taider et le diriger; jusque-là, nous nous contenterons de vous voir passer sans vous arrêter, comme nous avons fait ce soir, dans les escaliers de TOpéra, comme nous le ferons à la centième représentation de Stradella, Donc, monsieur, à lundi, et bien des fois encore, sans que vous nous reconnaissiez qu*à notre enthousiasme peut-être.

Vos admirateurs les plus ardents et les plus désintéressés.

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