‹ Œuvres Completes De Emile DeschampsChapitre 30 sur 167 · Dunsinane, prononcez Dunsinêne · texte numérisé non relu

Dunsinane, prononcez Dunsinêne

SEYTON) entrant par une porte latérale.

Me voilà, sire.

MACBETH

Allons! mon armure.

SEYTOK.

Il n'est pas temps encor.

MACBETH

Fais vite, et sans murmure, Prends vingt chevaux, parcours le pays en stupeur, Et fais pendre tous ceux qui parleront de peur.

Seyton, après avoir apporté la cuirasse qu'il remet à des écayers, sort par la porte du fond.

Au médecin qui s'est rapproché.

C'est vous, docteur I — Comment, ce matin, va la reine?

LE MÉDECIN

Le corps est moins souffrant que l'âme n'est en peine ; D'étranges visions assiègent son sommeil.

MACBETH

C'est pour guérir ce mal que j'ai pris ton conseil.

Ne peux-tu rétablir une âme dans sa gloire?

Arracher un chagrin cloué dans la mémoire,

Effacer les objets empreints sur le cerveau,

Et par quelque élixir d'oubli, quelque art nouveau,

Purifier le sein de ces acres pensées

Qui sur le cœur meurtri se tordent amassées?

LE MÉDECIN

C'est au malade même, alors, à se traiter.

MACBETH, allant et venant.

Ta médecine aux chiens n'est bonne qu'à jeter. Je ne veux rien de toi.

A ses officiers.

Qu'on m'apporte ma lance I Et de mes éclaireurs doublez la vigilance. —

Quelques ofiQciers s'empressent d'obéir.

Les thanes n'ont-ils pas osé m'abandonner?

Docteur, si tu pouvais à présent deviner;

MACBETH. 05

?ar le seul examen des eaux de mon royaume, Juelle est sa maladie, et composer un baume )ui lui rendît l'éclat de sa jeune santé, )ans mes quinze palais ton nom serait chanté ! 2xtirpe-moi ce mal, te dis-je. — Quels breuvages L)e ces Anglais damnés purgeraient nos rivages? 5ais-tu que Malcolm vient avec eux?

n s^éloigne sans attendre la réponse.

LE MÉDECIN

Je le sais; Vos ordres inquiets m'en instruisent assez..

MACBETH, à ses officiers qui lai donnent sa lance.

\utour de ce château je veux que la famine,

\nglais et déserteurs, vous dévore et vous minel

— Qu'on plante mes drapeaux sur le bord des remparts!

LE MÉDECIN, bas.

Va, va, ta royauté croule de toutes parts!

MACBETH

rant qu'on ne verra point marcher vers nos murailles La forêt de Birnam, je me ris des batailles.

Quelques clameurs en dehors.

Quel est ce bruit confus?

LE MÉDECIN

Sire, ce sont les voix Des femmes du château. — Les cris redoublent.

MACBETH

Vois.

Le médecin sort.

Ahl... rai presque oublié ce que c'est que la fcrainte. Eh bien, j'ai vu le temps où d'une terreur sainte Mon cœur se fût glacé pour des cris dans la nuit; Ou, si de quelque meurtre on répandait le bruit. Mes cheveux sur mon front se dressaient d'épouvante. Et s'agitaient, ainsi qu'une moisson vivante!... Maintenant les horreurs, les fléaux, par milliers. Fondent sur mon chemin, avec moi familiers.

Et j'en marche entouré comme de mon escorte.

Le médecin reparaît.

Quels étaient donc ces cris?

LE MÉDECIN

Sire, la reine est morte.

Il s'éloigne lentement.

MACBETH

Morte I et je lutte encor. — Morte! et je n'aurai pu

La pleurer dans moa cœur sans être interrompu! —

La mort vient à son temps, et ne prend pas le nôtre I

— Ainsi demain, demain encore, puis un autre

S'avancent vers le gouffre, et tous nos jours passés

N'auront fait qu'éclairer de tristes insensés

Sur la route qui mène où tout s'abîme ensemble.

Ahl la vie est une ombre errante, — elle ressemble

Au pauvre comédien qu'on voit gesticuler,

Crier une heure... et dont on n'entend plus parler I —

A un officier qui rentre effaré.

Ton histoire en deux mots. Vite.

l'officier.

Mon noble maître Je l'ai vu... Mais, comment vous le faire connaître?

MACBETH

Parle.

l'officier.

Comme j'étais sur la tour du guichet Devant Birnam,.- j'ai vu la forêt qui marchait...

Scélérat!

l'officier.

Si je mens, tuez-moi ; mais, par grâce, Venez, sire, du haut de la grande terrasse,

Mouvement de Macbeth.

Le voir de vos yeux... oui, voir marcher la forêt!

MACBETH

Se peut-il? Ah! qu'importe! et ma peur disparaît. La forêt vient, dit-on? marchons à sa rencontre; C'est mettre ainsi pour nous ce que l'on croyait contre. Tout oracle a deux sens. — Que l'on donne l'éveil!

Il prend son casque et sa lance.

Aux armes I et sortons, — je suis las du soleil.

MACBETH, 97

mon désir serait que toute la machine l'univers criât et tombât en ruine!

struction, accours ! Soufflez, vents meurtriers, us périrons du moins sous nos harnais guerriers !

Reprenant soudain toute sa vigueur.

n, nous serons vainqueurs... je suis Macbeth I

Comme il va pour sortir, un coup de tonnerre se fait entendre et les trois sorcières paraissent au fond du théAtre et lui barrent le chemin.

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