‹ Œuvres Completes De Emile DeschampsChapitre 4 sur 167 · EDITION DE · texte numérisé non relu

EDITION DE

Dès 18/iZi, j'avais publié un volume contenant mes traductions, en yers, de Macbeth et de Roméo et Juliette, de Shakspeare, avec préface, notes et commentaires.

Dans les derciiers mois de 18Zi8, MM. les sociétaires du théâtre de TOdéon eurent l'idée de monter le Macbeth. Des coupures et arrangements nécessaires me furent demandés pour l'approprier aux exigences de la scène française, et l'ouvrage fut donné le 23 octobre de la même année. Les représentations se suivirent sans relâche pendant plusieurs mois.

Et à ce sujet, je ne saurais trop reconnaître le concours aussi affectueux qu'éclairé que me prêta M. Mauzin, alors commissaire du Gouvernement près le théâtre de l'Odéon, ni oublier le zèle et le talent remarquable des artistes qui ont su consolider un succès dramatique à une époque des plus difficiles.

Quelques années après, la direction actuelle du théâtre de l'Odéon, enhardie sans doute par l'indulgent accueil fait à mon Macbeth, pensa au Roméo et Juliette, et me le demanda également modifié et arrangé dans quelques parties. L'ouvrage allait être mis à l'étude, lorsque M. Fechter, qui devait remplir le rôle de Roméo, tomba gravement malade et quitta presque à la fois l'Odéon et la France.

Le départ de cet éminent artiste suspendit tout. Les choses en restèrent là.

D'autres espérances que j'avais pu concevoir ne s'étant pas réalisées, il m'a semblé à propos de prendre

1. Roméo ei Julielte, édition pour le Théâtre. — Paris, Amyot.

li œUVRES D'EMILE DESCHAMPS.

date, et, après quelques retouches nouvelles, je me suis décidé à faire imprimer ma traduction de Roméo et Juliette, telle que je la comprends pour notre théâtre. Je n'ai pas besoin de rappeler que, depuis la mort de Shakspeare et même de son vivant, des modifications essentielles furent introduites dans plusieurs passages de cette tragédie, surtout au premier acte, en vue de resserrer ou de fondre ensemble des scènes éparses dont la diffusion nuisait à l'intérêt et à la clarté. — Tout le monde connaît la variante radicale que l'acteur Garrick fit subir au dénoûment primitif du Roméo et Juliette, laquelle s'est vu adopter en Angleterre, comme dans toute l'Europe. J'ai dû accepter ces combinaisons reconnues. Les miennes se bornent au rapprochement de quelques effets, à certaines abréviations dans les dialogues, à la suppression de quelques incidents et changements de lieu qui m'ont paru inutiles, et au sacrifice de trois ou quatre personnages superflus. — Les divines beautés du monument original se manifesteraient mieux, selon moi, dégagées des rares broussailles qui l'obstruaient encore. Ces légères audaces affirment une fois de plus mon culte pour Shakspeare. Quant au style, au ton, au coloris poétique, je me suis efforcé d'y rester fidèle. Ce serait là l'exquise fidélité. Aî-je suffi à une partie de la tâche?... j'aurais voulu que le public fût appelé à en juger.

Enfin, voilà mon ouvrage. — Si quelque direction théâtrale croit pouvoir le monter, elle trouvera dans cet imprimé toutes les indications de mise en scène et de décors, les explications de tout genre propres à favoriser la complète intelligence de l'œuvre, comme à en faciliter la représentation.

Si, au contraire, mon Roméo et Juliette est laissé dans l'abandon, si même des traductions plus heureuses se produisent, j'aurai du moins constaté une fois de plus, par la présente publication, le triste droit d'aînesse qui m'appartient, et nul ne pourra m'accuser de réminiscences dans l'hypothèse de quelques analogies possibles.

Versailles, septembre 1863.

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