SCÈNE PREMIÈRE
( Une place de Vérone.)
ARRIVENT MERCUTIO et BENVOLIO.
Qaatre domestiques les suivent et restent à l'écart.
BENVOLIO.
De grâce, Mercutio, rentrons dans nos demeures; Vois, le jour est brûlant. J'entends sonner trois heures. Déjà les Capulets sont hors de leur maison.
Le sang est enflammé dans Tardente saison ; Nous n'éviterions pas quelque dispute ensemble ; Crois-moi, retirons-nous.
MERCUTIO
Ce Renvolio ressemble A ces batteurs qui, dès qu'ils entrent quelque part, Déposent gravement leur épée à l'écart En disant : Reste-là, sois bien sage. Dieu fasse Qu'on ne me force pas à te changer de place I — Et bientôt les voilà, pour rien le plus souvent, Qui se battent avec le premier arrivant.
BENVOLIO.
Moi, de ces tapageurs? moi ? c'est de la folie!
MERCUTIO
Allons donc! il n'est pas, dans toute Tltalie,
Une tête plus chaude. Oui, si tu rencontrais
Un homme comme toi, cinq minutes après
Deux hommes pour longtemps seraient couchéâ parterre.
142 OEUVRES D'ÉMILË DËSGUAMPS,
LA NOURRICE, piquée.
C'est bon I adressez-vous ailleurs.
Est-ce là votre baume à guérir mes douleurs?
Désormais, vous ferez vos messages vous-même.
JULIETTE, aperceyant l'échelle de corde.
Qu'avez- vous là? — Que dit mon Roméo, s'il m'aime?
LA NOURRICE, reprenant un ton de bonne humeur.
N'allez-vous pas, ce soir à confesse au couvent?
JULIETTE
Pourquoi ?
LA NOURRICE
N'y manquez point. Partez, il fait bon vent.
Vous verrez là l'époux qui va vous rendre femme. Le sang moate et pétille à votre joue en flamme. Vous ne vous fâchez plus... Courez, l'autel est prêt. Moi, je reste. Quelqu'un m'a remis en secret Cette échelle qui doit, à l'heure où la nuit tombe. Conduire le ramier au nid de sa colombe.
Je vais dîner. Allez, ma fille, et servez Dieu.
JULIETTE
Oui, je vole au bonheur. Chère nourrice, adieu!
La nourrice sort. — Au même instant on entend des hautbois et des TioloDS dans la rue.
Une noce, je crois... Voyons!
Elle regarde par une fenêtre.
La mariée Est une pauvre enfant, simplement habillée; Mais les amis lui font un cortège de roi...
Sa mère, en souriant, marche auprès d'elle... et moi! Ahl...
Tombant à genoux.
Grand Dieu! puisses-tu ne pas rendre éphémère Ce bonheur qu'une fille a cherché sans sa mère! Mais non, non...£h! pourquoi voudrais-tu nous punir? Tu nous as pardonné, car tu vas nous bénir.
EUe se relève et sort.
tlN DU DEUXIÈME ACTE.