‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 101 sur 168 · U.N£ ROSE · texte numérisé non relu

U.N£ ROSE

La greffe a négligé ses rameaax délicats.

Et nos horticulteurs en feraient peu de cas.

Je ne sais quoi trahit sa sauvage origine; Un air, une senteur des bois; et j'imagine (Tant sa distinction naturelle vous platt) Qu'elle seule, avec Dieu, s'est faite ce qu'elle est.

fleur, dont la sultane ornerait sa fenêtre ! Quelle dérision du hasard te fit naître • Dans un berceau pareil ? Ou quel vent de malheur De ton gazon natal vint t'arracher?... fleuri

Si tu n'es, par miracle, à cet exil ravie, Tu mourras jeune après une trop longue vie... Car tout est laid, mauvais, vulgaire autour de toi; Et nul ne sait ta grâce, 6 fleur, si ce n'est moi I

Et j'en suis à prier qu'aucun regard profane, Avant ton dernier soir, ne t'approche et te fane. Et qu'aucun souffle impur ne vienne, sous nos yeux, Détourner tes parfums de la route des deux I

Or, tandis que parmi l'herbe jaune et les ronces, Hier, deux ouvriers déchiffraient les annonces, Dont l'industrie encor noircit le sombre mur. Moi, je révais plus loin ; et comme le fruit mûr Qui tombe en gémissant détaché de la branche. Je sentis de mon front, qui sous l'automne penche, Tomber ces vers plaintifs où quelque autre rêveur Découvrira peut-être une intime saveur.

i82 OEUVRES D'ÉMILË DESCHAMPS.

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