PRIERE SECRÈTE
{Poéiie nuse. — la comtbssb rostopchim)
Mon Dieu l toi qui sais tout, oli I ne m'ordonne pas D'atteindre aux sombres jours de la froide vieillesse; De voir mon corps s'user et tomber pièce à pièce; Et la destruction me gagner pas à pas ;
D'être un morne objet d'épouvante,
Ou qu'on suit d'un regard moqueur;
D'assister enfin, moi vivante,
Aux funérailles de mon cœur!
Grâce I ne permets pas, mon Dieu, que je survive
A l'espérance fugitive,
Aux illusions, mon trésor.
Grâce! qu'avant la nuit mes paupières soient closes,
Tandis que le sourire encor
Effleurera mes lèvres roses I
Je ne veux point peser la vie au poids des ans; La mesurer au cours des heures prolongées; Je veux seulement. Dieu des âmes affligées, Après tant de désirs et de rêves cuisants, Connaître ce bonheur, qu'un vague espoir devine*;
Voir s'épanouir, un seul jour.
Dans toute sa beauté, la fraîche fleur divine
De la jeunesse et de l'amour t
Je veux, un seul été, m'enîvrer de délice
Dans la coupe mortelle; il faut Que mon rêve céleste ici-bas s'accomplisse... Et puis, mon Créateur^ rappelle-moi, là-haut. Où, parmi les soleils, tes magnifiques sables. Je serai, si tes bras ne me font point défaut, Un des esprits impérissables!...