‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 123 sur 168 · AVANT LE LEVER DU RIDEAU · texte numérisé non relu

AVANT LE LEVER DU RIDEAU

D'abord, ce n'est point un prologue,

Un discours... ni rien d'analogue.

Rassurez-vous. — Je viens, mesdames et messieurs. Vous dire simplement, en grande confidence.

Que nos acteurs, qui vont se mettre en évidence, Sont, tous, pris d'un effroi sans égal sous les cieux :

Effroi légitime... exemplaire...

Ils ont peur... de ne pas vous plaire!

Que voulez-vous? ce sont des débutants réels. Qui n'ont jamais parlé devant aucune rampe.

— Les jeunes papillons se brûlent à la lampe. — Soyez donc indulgents à leurs troubles cruels. Tandis que je vous parle, on finit leurs toilettes; Chut! et que tout cela reste entre nous; — ainsi. Vous paraîtrez contents ils croiront que vous l'êtes. Et l'histoire dira : La fête a réussi!

D'ailleurs la bienveillance inspire le courage,

Dit-on, aux plus timides cœurs.

Et le courage, à lui tout seul, dans un orage,

Peut improviser des vainqueurs.

Les applaudissements, en naissant, charitables, ' Plus tard pourront tourner en bravos équitables. Quand le vent souflle doux, par un soleil certain, Le moindre esquif, sans peine, arrive au port lointain.

Mais quoi ! je m'oublie et je cause ; Une faute pareille avec vous se conçoit :

Cependant, nos acteurs, tout discret que l'on soit.

S'apercevraient de quelque chose; Je les rejoins, — pour eux votre accueil m'est promis, N'est-ce pas ? — et sitôt qu'on lèvera la toile.

202 OEUVRES D^ÉMILE DESCHAHPS.

Comme un reflet d'espoir, dans vos regards amis, Ils verront briller leur étoile.

Page 1