AVANT LE LEVER DU RIDEAU
D'abord, ce n'est point un prologue,
Un discours... ni rien d'analogue.
Rassurez-vous. — Je viens, mesdames et messieurs. Vous dire simplement, en grande confidence.
Que nos acteurs, qui vont se mettre en évidence, Sont, tous, pris d'un effroi sans égal sous les cieux :
Effroi légitime... exemplaire...
Ils ont peur... de ne pas vous plaire!
Que voulez-vous? ce sont des débutants réels. Qui n'ont jamais parlé devant aucune rampe.
— Les jeunes papillons se brûlent à la lampe. — Soyez donc indulgents à leurs troubles cruels. Tandis que je vous parle, on finit leurs toilettes; Chut! et que tout cela reste entre nous; — ainsi. Vous paraîtrez contents ils croiront que vous l'êtes. Et l'histoire dira : La fête a réussi!
D'ailleurs la bienveillance inspire le courage,
Dit-on, aux plus timides cœurs.
Et le courage, à lui tout seul, dans un orage,
Peut improviser des vainqueurs.
Les applaudissements, en naissant, charitables, ' Plus tard pourront tourner en bravos équitables. Quand le vent souflle doux, par un soleil certain, Le moindre esquif, sans peine, arrive au port lointain.
Mais quoi ! je m'oublie et je cause ; Une faute pareille avec vous se conçoit :
Cependant, nos acteurs, tout discret que l'on soit.
S'apercevraient de quelque chose; Je les rejoins, — pour eux votre accueil m'est promis, N'est-ce pas ? — et sitôt qu'on lèvera la toile.
202 OEUVRES D^ÉMILE DESCHAHPS.
Comme un reflet d'espoir, dans vos regards amis, Ils verront briller leur étoile.