LA GOUTTE D'EAU
(Poésie persane)
Or, une goutte d'eau des épaisses nuées
Tomba dans Tocéan sans bord.
Là, perdue au milieu des vagues remuées,
Elle s'écria tout d'abord :
« Hélas I quelle chétive et pauvre- créature
Suis-je dans ces immenses mers!
Qui peut me dire à quoi je sers?
Je suis le moindre enfant de la grande nature. Dieu ne me voit pas même en son vaste univers! »
Soudain un vivant coquillage
Posé près de la goutte d'eau Vint à bâiller (le ciel entr'ouvrant son rideau), Et l'avala d'un trait, elle et son verbiage.
La goutte d'eau resta longtemps à se durcir
Dans la coquille refermée, Jusqu'à ce qu'elle fut, mûrissant à loisir.
En une perle transformée, Qui des mains d'un plongeur, passée en moins d^un an Par mille jeux du sort, autre mer écumeuse.
Est à présent, dit-on, cette perle fameuse
Attachée au front du sultan.
Enfants, comprenez bien cette naïve histoire : Parce que l'on fut humble, on sera dans la gloire!