‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 134 sur 168 · LE GANT DE LA DEMOISELLE · texte numérisé non relu

LE GANT DE LA DEMOISELLE

11 regarde partout d'un air calme et suprême,

Hérisse sa crinière et, roidissant soudain

Ses membres, il se couche à terre avec dédain.

Mais le .roi fait un signe encor. — D'une autre porte S'élance un tigre, aux bonds insensés de fureur 1 A peine s'il a vu le lion, que- d'horreur Il rugit; il bat l'air de sa queue ample et forte, Renifle, puis, la langue et le mufle pendant. Rôde autour du lion et s'étale en grondant.

Alors le roi se lève et fait un dernier signe. Deux portes ont, d'un coup, vomi deux léopards, Qui, sautant sur le tigre, en font déjà deux parts; Lui leur enfonce aux flancs sa griffe qui s'indigne... Mais le lion se dresse, et les trois ennemis Vont se coucher en rond, consternés et soumis.

Voilà que, du balcon, la charmante Ildegonde, Damoiselle aux doux yeux, mais au cœur inhumain, Laisse échapper un gant de sa gentille main; Et, par un jeu du sort, que peut-être seconde Sa malice, le gant s*en va précisément Tomber entre le tigre et le lion fumant.

Aussitôt, s'adressant au chevalier de Lorge : « Beau sire, lui dit-elle avec un ton moqueur. S'il est vrai que pour moi vous ayez dans le cœur Un amour plus brûlant que le fer dans la forge, — Gomme vous le jurez en un style élégant, — Eh bienl allez, beau sire, et ramassez mon gant. »

Le chevalier, d'un saut rapide, est dans l'arène ;

Il marche d'un pied ferme, et sa main , sans trembler,

A ramassé le gant... On n'osait pas souffler!

Et dames et seigneurs, le roi même et la reine

L'admiraient, haletant d'espérance et d'effroi...

Il rapporte le gant... — Vivat! a dit le roi...

212 OEUVRES D*ÉHILE DESCHAMPS.

— Vivat I reprend la cour. La belle, radoucie, L'accueille d'un regard qui lui promet son prix ; Mais le bon chevalier lui jette avec mépris Le gant qu'elle attendait : — « Tenez; je me soucie De vos remercîments comme de vos amours ! » — Il dit, et sur-le-champ la quitta pour toujours.

La damoiselle, après cet affront légitime. Avec tous ses moyens et désirs de charmer, Ne trouva plus personne au monde pour l'aimer. Mais il nous faut gémir sur une autre victime, Car le bon chevalier, qui se montra si bien, N'aimant plus Udegonde, hélas I n'aima plus rien.

ENVOI

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