FRAGMENT DU ROLAND FURIEUX
' ( Poésie italienne . — a r i o s te )
Renaud, en proie à ses chagrins amers, Monte un navire, et la vague soumisç ' Le porte aux lieux où la riche Tamise Mêle, en grondant, son onde aux flots amers- Et par le flux la voile secondée '
Aux murs de Londre est bientôt abordée...
Mais, comme on voit sur le mol instrument Courir l'archet d'un fils de Polymnie • De mille accords variant l'harmonie ' D'un mode à l'autre il passe habilem'ent • Ainsi mes chants doivent suivre avec grâce Les tons divers que mon sujet embrasse.
Et puisque ici Renaud vient, par hasard Me rappeler Angélique échappée '
A son ardeur, par la fuite trompée, • Je vais la suivre auprès du saint vieillard, A qui sa voix demande avec instance Du premier port la route et la distance.
Château de Chassaigne, 183..
A MADAME MAHI5 (VIROINIB ***)
L'almanach dit le quinze août,
Et nos cœurs disent votre fête;
Moi, page, mon beau rêve en tête.
L'aube aujourd'hui m'a vu debout,
Chantant : « Madame et souveraine,
Votre patronne, dans les cieux,
Est la première, c'est la Reine,
Gomme vous l'êtes, à nos yeux...
Et j'ai couru d'abord sur l'herbe,
Que vos^pieds ne dédaignent pas, ^
Pour vous faire un bouquet superbe
Des fleurs qui naissent sous vos pas.
Et, tout en cherchant les plus douces
Et les plus belles, j'aperçus
Un nid tombé parmi les mousses;
Comme j'allais marcher dessus,
Tremblant, mais d'une main avide,
Je le pris amoureusement...
Le nid, encor chaud, était vide...
J'arrivais trop tard, d'un moment,
Cela suffit. — Ainsi, madame,
Je me rappelle qu'une fois
Je courais vous chercher. Je vois
Dans la lampe un reste de flamme,
La Psyché, qui s'incline encor.
Gants et nœuds, jetés là... Trésor Qui met son désordre dans Tâme, Et flacons ouverts, coffrets d'or...
Toute l'absence d'une femme !
Et je me sauvai comme on part, Lorsque vous êtes autre part.
Quant à mon nid, c'est autre chose (On se console d'un oiseau).
Sur mes deux genoux j* le pose, Et du miraculeux berceau. Chef-d'œuvre d'un volage Euclide, J'admire, dans tous ses détails, La structure frêle et solide...
Mais quoi! d'un de vos éventails N'est-ce pas là quelque parcelle? — Ce bout de satin vient-il point De votre ceinture, de celle Qui vous fit tant d'honneur, au point Qu'à èe bal plus d'une jalouse Disait, en se mordant le poing :
« C'est une taille d'Andalouse! »
Voilà bien, à n'en pas douter, Trois fils de votre jarretière...
Oh! je la connais tout entière...
Pour vous l'avoir vue acheter !
Et puis, cette petite branche, Qui serpente à l'entour du nid.
Dans vos beaux cheveux noirs s'unit.
Un jour, à quelque plume blanche.
Dont je tiens le duvet aussi. — Les oiseaux de ce pays-ci Sont vraiment d'une audace extrême, Et ce qu'ils dérobent aux gens Feraient la fortune suprême De vingt pages très-exigeants. — Fuyez aux plus lointaines côtes.
Sur les montagnes les plus hautes, Pauvres oiseaux, quand vous seriez Colibris, faisans d'or, fuyez!
La maison vaut mieux que les hôtes!
Qu'ils n'y remettent plus les pieds !
Je m'en empare, et l'inventaire, Aidé de quelque commentaire.
Ne finirait pas d'aujourd'hui I Que de choses donc il faut taire !
Pourtant ce petit papier... Oui, C'est vraiment de mon écriture! — Étant très-fort sur la lecture, J'y puis déchiffrer à moitié Les mots de constance, — amitié — Doux serments que, parmi vos gazes, Vous laissez, hélas I traîner, mais Qui ne s'envoleront jamais Gomme l'oiseau, qui de leurs phrases S'est fait un ciment des plus sûrs.
Pour les angles ronds de ses murs.
Cependant l'orage au loin roule
Sur les montagnes du Midi ;
Le torrent, longtemps engourdi,
Devient presque un ruisseau qui coule,
Puis, soudain, un fleuve hardi,
Et, dans une heure, je prédi
Qu'avec la terre qui s'éboule.
Comme un tigre 11 aura bondi ! —
Rentrons; aussi bien, c'est la cloche
Qui sonne l'heure du banquet.
Et chacun, aux flambeaux, s'approche
Avec ses vœux et son bouquet.
Celui du page, sans reproche.
Ne sera pas le moins coquet.
Pour les vœux, si j'étais poète,
Je les tournerais à ravir,
Mais, n'étant bon qu'à vous servir
— Et c'est beaucoup — je vous souhaite
En termes des plus ingénus.
Madame, et sans que l'art y brille.
Tous les plus grands bonheurs connus :
Bonheurs d'orgueil et de famille :
Père, mère, petite fille, De la première qualité.
Deux garçons, au cœur le plus tendre.
Avec quelque vivacité...
Pas précisément pour apprendre; Mais ce sont plus tard les meilleurs.
Ainsi que je l'ai dit ailleurs; Un époux, dévoué, fidèle A sa dame, comme à ses rois.
D'esprit, de cœur, rare modèle.
Digne et fier de porter vos lois.
Je vous souhaite de ces lyres Qui réveilleraient vos sourires, Hélas! par la mienne endormis; Et des amis nombreux, qui naissent A mesure qu'ils vous connaissent.
Et qui mourront tous vos amis; Et, tous les jours, grâce nouvelle.
Qui, modeste, en vous se révèle Aux yeux dans votre cour admis.
Et, tous les ans, six mois rapides Au milieu des arts de Paris, Et six mois calmes et limpides Dans une villa, frais abris.
Que le goût surveille et décore :
Je vous souhaiterais encore...
Mais on m'avertit que nos vœux Ne sont autres que votre histoire...
C'est se battre après la victoire!
Vous avez tout ce que je veux.
Il faut donc, sans plus de tapage.
M'en aller avec mon bougeoir.
Et je n'ai plus, malheureux page. Qu'à vous souhaiter... le bonsoir!
40 OEUVRES D'ÉMILR DESCHAMPS.