‹ Œuvres complètes de Émile Deschamps (volume 2)Chapitre 2 sur 168 · II. · texte numérisé non relu

II.

Roulaient effrontément ses blonds cheveux divins;

Comme sa beauté pure était abjecte, et comme

S'ouvraient seslèvres d'ange aux sales propos d'homme !

Après deux ou trois mois de la sorte passés

Avec la malheureuse, ils en eurent assez.

Il fallut inventer quelque chose, ils rêvèrent...

Or, ayant bien cherché, voilà ce qu'ils trouvèrent :

a Mêlons dans son vin blanc le kirsch avec le rhum

(On a fait perdre ainsi le dernier décorum

A plus d'une duchesse), et, quand l'ardent breuvage

Allumera ses yeux d'une ivresse sauvage.

Nous la lancerons folle au bal de l'Opéra.

Musard ne prévoit pas tout ce qu'elle y fera...

Et nous en finirons par une bonne scène. »

Le drame dépassa leur espérance obscène.

Quel masque Pompadour, aux flottants oripeaux.

Se débat, expulsé par trois municipaux ?

C'est elle l — Comme on voit, au sabbat mortuaire.

Un fantôme ivre au loin rejeter son suaire

Pour danser, libre et nu, la danse des damnés.

Ainsi, faisant voler ses linons effrénés,

Elle avait, au rapport d'un sergent véridique.

Offensé la pudeur de ce temple impudique î

Alors, le commissaire et tout son embarras;

Et ces messieurs riaient à se tordre les bras ;

Et la voilà marchant, comme une somnambule,

Dans tous les escaliers jusqu'au grand vestibule;

Ces messieurs, en riant, l'escortent hors du bal ;

Puis l'interrogatoire, et le procès-verbal,

Et le fiacre qui s'ouvre au milieu des huées

Dont la fou^c partout suit les prostituées ;

Et ces messieurs, riant toujours, de plus en plus.

Dans le cercle infernal rentrent avec le flux.

Pourtant, bouleversée encor de cette crise.

Le froid violemment la frappe et la dégrise.

A cette folle enfant le réel apparaît :

Police, tribunal, guichet, maison d'arrêt...

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